Les Azerbaïdjanais ont profané le cimetière du village de Vaghuhas en Artsakh

Le cimetière des combattants tombés au combat du village de Vaghuhas, dans la région de Martakert en Artsakh, est devenu une nouvelle cible de vandalisme des autorités azerbaïdjanaises. C’est ce que l’on apprend de la page Facebook du Médiateur pour le patrimoine culturel de l’Artsakh.
Dans sa publication, le Médiateur pour le patrimoine culturel de l’Artsakh, vice-président de l’ONG historico-culturelle « National », Hovik Avanesov, indique que l’étude et l’analyse d’une vidéo diffusée dans l’espace des réseaux sociaux azerbaïdjanais — dans le contexte de la destruction du patrimoine culturel, de la haine ethnique et de violations graves du droit international humanitaire — permettent de constater plusieurs manifestations particulièrement préoccupantes et condamnables.
Un acte ciblé contre l’identité arménienne
« Tout d’abord, le caractère de ciblage ethnique et religieux est évident. Les inscriptions en arménien présentes sur les pierres tombales ainsi que les images des combattants tombés au combat montrent clairement que ce n’est pas simplement un cimetière qui a été visé, mais un lieu essentiel de l’identité arménienne, de la mémoire nationale et du patrimoine spirituel. Il ne s’agit pas d’un simple acte de vandalisme, mais d’une action préméditée fondée sur la haine ethnique, visant à effacer toute trace arménienne et à supprimer la mémoire historique.”
Les actes enregistrés dans la vidéo se distinguent par un cynisme et une profanation exceptionnels. L’auteur de la vidéo marche délibérément sur les pierres tombales, se tient sur les portraits des défunts, les frappe et les profane. Ce comportement ne constitue pas seulement une dégradation des tombes, mais un outrage délibéré à la mémoire des morts, au caractère sacré de l’inhumation et à la dignité humaine. De tels actes sont contraires non seulement aux normes du droit international, mais aussi aux principes les plus élémentaires de la morale universelle », indique le communiqué.
Une destruction systématique du patrimoine
Avanesov souligne également que l’on observe dans la vidéo de nombreuses pierres tombales brisées, coupées, déplacées et endommagées, ce qui atteste que le cimetière a été soumis à une destruction systématique et ciblée. L’ampleur et la nature des dégâts témoignent non pas d’un incident isolé, mais d’une politique délibérée de destruction des valeurs culturelles. Dans les territoires temporairement occupés par le régime autoritaire de Bakou, de telles actions contre les lieux de mémoire et le patrimoine culturel arméniens ont depuis longtemps un caractère continu et systémique.
« Le volet de terrorisme psychologique est également particulièrement dangereux et condamnable. L’enregistrement vidéo des actes et leur diffusion sur les plateformes sociales, ainsi que les propos en langue azerbaïdjanaise entendus dans la vidéo, montrent que ces actions visent non seulement à détruire les traces de la présence culturelle arménienne, mais aussi à exercer une pression psychologique sur les proches des victimes, sur les Arméniens d’Artsakh déplacés de force et sur l’ensemble de la société arménienne. Il s’agit d’une tentative manifeste d’instaurer un climat d’humiliation, de peur et d’insécurité, avec une dimension également propagandiste.
Compte tenu du fait que la vidéo peut avoir un impact psychologique lourd sur les proches des combattants tombés au combat et sur le public, nous ne la publions pas. Elle est conservée dans les archives du bureau du Médiateur pour le patrimoine culturel de l’Artsakh comme preuve factuelle d’un nouvel acte criminel contre le patrimoine culturel arménien.
Des précédents déjà documentés
Il convient de souligner que ce n’est pas le premier cas documenté de profanation de la mémoire des morts pour la défense de la patrie dans le village de Vaghuhas. Dès le 5 janvier 2024, notre partenaire — le Service d’État pour la protection du milieu historique de l’Artsakh — avait signalé que des soldats azerbaïdjanais avaient détruit un khatchkar érigé en 2021 à la mémoire de Mkhitar Aghabekyan, tombé lors de la guerre à grande échelle déclenchée en 2020 par l’Azerbaïdjan contre l’Artsakh. L’auteur du khatchkar était Yura Mangasaryan. Ce fait prouve une fois de plus que les actions menées contre la mémoire et la présence culturelle arméniennes ne sont ni accidentelles ni ponctuelles.
Armine Tigranyan, experte en patrimoine culturel spécialisé dans la protection du patrimoine pendant et après les conflits armés, scrute les destructions du patrimoine arménien.
“L'Azerbaïdjan, dans sa politique suivante, détruit les cimetières historiques de l’Artsakh. Il s’agit encore une fois d’une destruction totale des traces de la présence arménienne d’une politique étatique programmée. Suite à cette logique, ils ont détruit le cimetière historique de Sghnakh, datant du 18e siècle, le cimetière de Shushi, récemment ils ont également détruit l'ancien cimetière de Ghazanchetsots, le cimetière de Hadrut. Et puis, l'Azerbaïdjan a adopté une nouvelle politique: elle détruit les villes et villages dans leur entièreté, y compris les cimetières à valeur historique.”
Les autorités azerbaïdjanaises détruisent et profanent avec une cruauté particulière et de manière systématique les monuments et les cimetières dédiés aux héros tombés pour la défense de la patrie dans l’Artsakh temporairement occupé. Ces actions dépassent désormais le cadre d’actes isolés de vandalisme et se transforment en une politique systématique menée au niveau de l’État, visant à éliminer le patrimoine historico-culturel arménien et à effacer la mémoire nationale. Plus d’une dizaine de cas similaires ont déjà été documentés dans différentes localités de l’Artsakh, témoignant d’un processus continu de génocide culturel.
Le silence et les réactions inadéquates de la communauté internationale continuent de favoriser un climat d’impunité. Or, de telles actions à l’encontre du patrimoine culturel, des lieux saints et des cimetières doivent faire l’objet d’une évaluation politique, juridique et morale claire. Lorsque les tombes des défunts et les lieux de mémoire nationale sont pris pour cibles, ce ne sont pas seulement les droits d’un peuple qui sont menacés, mais aussi les valeurs universelles sur lesquelles repose l’existence du monde civilisé », conclut le communiqué.
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