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Macron s’est entretenu avec Aliev: Paix et autres questions régionales

Macron s’est entretenu avec Aliev: Paix et autres questions régionales

Par Ani Paitjan

Dans une publication sur le réseau social X, le président français Emmanuel Macron a déclaré avoir eu une conversation téléphonique avec le Président azerbaidjanais Ilham Aliev. Macron dit “rappelé le soutien de la France a la dynamique de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan et l’importance que ce processus continue d’avancer.”

Le président français a également ajouté avoir évoqué les questions régionales et le potentiel de développement de notre relation bilatérale. 

Pour l’instant, l'Azerbaïdjan n’a pas réagi.

CPE et partenariat stratégique

Le 3 mai dernier, le président français s'était rendu en Arménie dans le cadre du sommet de la Communauté politique européenne (CPE). La CPE est une événement international ou 50 pays de l’Union européenne et pays amis se rassemblent pour discuter partenariat, politique, sécuritaire, économiques, etc. Lors de son séjour, la France et l'Arménie ont signé un un accord de partenariat stratégique qui permet de renforcer les liens et le développement dans les domaines sociaux, culturels et, peut-être ce qui compte le plus pour Erevan, sécuritaire. 

La coopération de défense inclut déjà un volet aérien avec la commande de trois radars français et la formation par la France de soldats arméniens. L’Arménie a aussi passé commande de 36 canons Caesar en 2024. 

Silence radio pour les prisonniers de guerre

Certains internautes ont critiqué le message d’Emmanuel Macron pour son manque de verve avec Aliev autour des prisonniers de guerre arméniens, enfermés dans les geôles de Bakou suite à la guerre de 44 jours en 2020 et l’attaque éclair sur le Haut-Karabakh en 2023. 

Selon les chiffres les plus connus, il resterait environ 23 détenus arméniens à Bakou. Parmi ces prisonniers, on retrouve des anciens responsables politiques et militaires du Haut-Karabakh/Artsakh, capturés après l’offensive azerbaïdjanaise de septembre 2023. Plusieurs d’entre eux ont été jugés ou condamnés à de lourdes peines, parfois à perpétuité. Mais il y a aussi des militaires arméniens ou anciens combattants capturés pendant ou après la guerre de 2020, des civils arméniens, parfois arrêtés près des frontières ou pendant les déplacements liés à l’exode du Karabakh.

Frictions Paris-Bakou

Les tensions entre la France et l'Azerbaïdjan ne sont plus de simples frictions diplomatiques. Depuis 2023, elles ont glissé vers une confrontation politique, géopolitique et informationnelle beaucoup plus large, où se mêlent le conflit arméno-azerbaïdjanais, les ventes d’armes françaises à l’Arménie, les accusations d’ingérence, la guerre de l’information et même les troubles en Nouvelle-Calédonie.

Au cœur de cette dégradation se trouve évidemment le soutien assumé de Paris à Arménie après la reconquête du Haut-Karabakh par Bakou en septembre 2023. La France a été l’un des rares pays occidentaux à adopter un ton particulièrement dur envers le président Ilham Aliyev, dénonçant le déplacement massif des Arméniens du Karabakh comme un “nettoyage ethnique” dans plusieurs prises de position parlementaires et politiques.

Le Sénat français a notamment adopté en janvier 2024 une résolution condamnant l’offensive azerbaïdjanaise et appelant à des sanctions contre Bakou. Même si ces résolutions n’ont pas de valeur exécutive, elles ont profondément irrité les autorités azerbaïdjanaises, qui accusent Paris d’avoir abandonné toute neutralité dans le conflit arméno-azerbaïdjanais.

Mais la rupture est devenue plus concrète lorsque la France a décidé d’aller au-delà du soutien politique. Dès fin 2023 puis en 2024, Paris a commencé à fournir du matériel militaire à l’Arménie : véhicules blindés, équipements de défense aérienne, formation militaire et coopération stratégique. Le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, s’est rendu à Erevan en février 2024, une visite inédite pour un ministre français de la Défense.

Pour Bakou, cela représentait une ligne rouge. Les autorités azerbaïdjanaises considèrent que la France alimente une remilitarisation arménienne susceptible de remettre en cause l’équilibre régional après la victoire militaire de l’Azerbaïdjan. Emmanuel Macron a, de son côté, défendu ces livraisons en expliquant qu’il était “naturel” d’aider un État souverain à assurer sa défense.

La tension a ensuite quitté le seul terrain caucasien pour devenir une confrontation diplomatique directe. Fin 2023, l’Azerbaïdjan a expulsé deux diplomates français, accusant Paris d’ingérence. La France a immédiatement répondu par des expulsions réciproques. Dans le même temps, Bakou a multiplié les critiques contre la diplomatie française, refusant progressivement toute médiation occidentale impliquant Paris dans les négociations de paix avec l’Arménie.

Un autre épisode a fortement aggravé les relations : les accusations françaises d’ingérence azerbaïdjanaise en Nouvelle-Calédonie durant les émeutes de 2024. Le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a accusé Bakou d’avoir soutenu des réseaux indépendantistes kanaks et d’avoir participé à des campagnes de désinformation anti-françaises sur les réseaux sociaux.

Ces accusations ne sont pas sorties de nulle part. Depuis 2023, l’Azerbaïdjan tente de se positionner comme soutien international des mouvements « anti-coloniaux » visant particulièrement les territoires ultramarins français. Bakou avait notamment accueilli des représentants indépendantistes de Nouvelle-Calédonie, de Martinique et de Polynésie lors d’événements organisés dans la capitale azerbaïdjanaise.

Pour les autorités françaises et plusieurs analystes européens, cette stratégie relève d’une forme de riposte hybride : l’Azerbaïdjan chercherait à fragiliser politiquement la France en exploitant ses vulnérabilités internes, en réponse au soutien militaire et diplomatique apporté à l’Arménie.

La COP29 organisée à Bakou en 2024 a également servi de théâtre à cette confrontation. Ilham Aliyev y a attaqué publiquement la politique française dans les territoires d’outre-mer, dénonçant les « crimes » du « régime Macron ». Plusieurs responsables politiques français avaient déjà appelé au boycott diplomatique de la conférence climatique, estimant qu’elle permettait au régime azerbaïdjanais de redorer son image malgré les accusations liées au Haut-Karabakh.

Derrière cette crise se cache aussi un affrontement plus large sur l’influence dans le Caucase du Sud. Paris voit l’Arménie comme un partenaire démocratique fragilisé par la Russie et menacé par l’expansionnisme régional. Bakou, lui, considère que la France agit moins comme médiateur que comme protecteur politique d’Erevan.

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