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L’Arménie vise la fin des visas avec l’UE d’ici deux ans, selon Pashinyan

L’Arménie vise la fin des visas avec l’UE d’ici deux ans, selon Pashinyan

Par Ani Paitjan

L’Arménie pourrait obtenir la libéralisation des visas avec l’Union européenne “au plus tard dans deux ans”. C’est ce qu’a affirmé le Premier ministre Nikol Pashinyan le 24 mai, lors d’un meeting de campagne à Maralik, dans la région de Shirak — une déclaration qui s’inscrit dans un processus long, technique… et désormais clairement accéléré.

Sur scène, le ton était à la fois confiant et presque léger. “À ce moment-là, il vous restera simplement à ne pas oublier votre passeport pour aller à Larnaca — et le billet, vous le savez, coûte deux euros”, a-t-il lancé. Une formule qui fait sourire, mais qui repose sur une réalité diplomatique bien plus dense.

Car si la promesse d’un régime sans visa semble aujourd’hui à portée de main, le dossier remonte en réalité à plus de dix ans.

Un processus engagé de longue date, longtemps au ralenti

Les premières bases ont été posées en 2014, avec l’entrée en vigueur d’un accord de facilitation des visas entre l’Arménie et l’Union européenne. À l’époque, il ne s’agissait pas encore de supprimer les visas, mais d’en simplifier l’accès pour certaines catégories — étudiants, journalistes, chercheurs.

Pendant des années, Erevan a observé ses voisins avancer plus vite. La Géorgie, la Moldavie ou encore l’Ukraine ont obtenu un régime sans visa avec l’espace Schengen après des réformes lourdes, souvent exigeantes politiquement.

Pour l’Arménie, le véritable tournant intervient seulement en 2024. Cette année-là, Bruxelles lance officiellement un dialogue sur la libéralisation des visas — première étape formelle vers une suppression complète pour les séjours de courte durée.

Depuis, le tempo a changé.

Une feuille de route stricte… mais déjà en cours

À la fin de 2025, l’Union européenne remet à l’Arménie un plan d’action détaillé — le fameux Visa Liberalisation Action Plan (VLAP). Un document dense, technique, qui liste plusieurs dizaines de critères à remplir.

Derrière cette bureaucratie apparente se cache une logique simple : garantir que l’ouverture des frontières ne crée pas de risques pour l’espace Schengen.

Les exigences sont multiples: des passeports biométriques pleinement sécurisés, un contrôle rigoureux des frontières, une politique migratoire maîtrisée, une lutte effective contre la corruption et la criminalité organisée, le respect des droits fondamentaux et de l’État de droit.

Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de voyager plus facilement. Il s’agit, pour l’Arménie, de s’aligner progressivement sur les standards européens dans des domaines sensibles.

Selon Nikol Pashinyan, les progrès sont déjà visibles. Il cite notamment une hausse de 500% du nombre de voyages entre l’Arménie et les pays de l’UE entre 2018 et 2025 — un chiffre qu’il utilise pour expliquer à la fois l’intérêt croissant… et la prudence européenne.

“Ils nous disent : vous avez de si bonnes relations avec l’Union européenne, vous ne pouvez pas régler la question des visas ? Et savez-vous pourquoi c’est ainsi? Parce que de 2018 à 2025, le nombre de départs a augmenté de 500%”, a-t-il déclaré.

Un argument révélateur: plus la mobilité augmente, plus Bruxelles examine de près les risques migratoires potentiels.

Entre critères techniques et décision politique

Même si le processus est aujourd’hui bien engagé, une nuance essentielle demeure : la libéralisation des visas n’est pas une simple décision administrative.

C’est aussi — et peut-être surtout — une décision politique.

Une fois les critères techniques remplis, la Commission européenne devra donner son feu vert. Mais la décision finale reviendra aux États membres de l’UE, qui devront approuver collectivement la levée des visas pour les séjours de courte durée.

Et dans cette équation, plusieurs facteurs entrent en jeu : la stabilité politique du pays, la gestion des flux migratoires, la coopération sécuritaire, ou encore la capacité à éviter les abus du système d’asile.

Autrement dit, les réformes sont nécessaires… mais pas toujours suffisantes.

Une dynamique européenne plus large

La déclaration de Pashinyan intervient dans un contexte plus large de rapprochement entre l’Arménie et l’Union européenne, marqué ces derniers mois par une intensification du dialogue politique et sécuritaire.

Dans ce cadre, la libéralisation des visas dépasse la simple question des déplacements. Elle devient un symbole: celui d’un ancrage progressif de l’Arménie dans l’espace européen.

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