La Russie est prête à poursuivre le développement de ses relations avec l’Arménie après les élections législatives du 7 juin et la formation d’un nouveau gouvernement à Erevan. C’est du moins ce qu’a déclaré Mikhaïl Michoustine lors de sa rencontre avec le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan à Iekaterinbourg.
Le chef du gouvernement arménien s’est rendu en Russie pour participer à la session plénière intitulée «Industry 360 : Produire sans frontières», organisée dans le cadre du salon industriel international Innoprom-2026.
Il s’agit du premier déplacement officiel à l’étranger de Pashinyan depuis les élections.
«Nous espérons que le nouveau gouvernement, qui sera formé à l’issue du scrutin, garantira le développement dynamique des relations russo-arméniennes dans un esprit d’amitié, de bon voisinage, de respect mutuel et de prise en compte des intérêts de chacun», a dit Michoustine.
Partenariat commercial
Le Premier ministre russe a souligné la position dominante de la Russie sur le marché arménien et rappelé l’ampleur de la coopération bilatérale dans plusieurs secteurs stratégiques, placés sous la supervision permanente de la commission intergouvernementale russo-arménienne.
«Malgré les turbulences de l’économie mondiale, la Russie demeure le premier partenaire commercial et le premier investisseur en Arménie. Les entreprises russes sont activement présentes dans les secteurs de l’industrie minière, de la construction mécanique, des infrastructures de transport, de l’énergie — y compris le nucléaire civil — ainsi que de l’économie numérique», a-t-il ajouté.
Protection des capitaux russes
Michoustine a également indiqué que Moscou attendait de l’Arménie un niveau élevé de protection juridique pour les capitaux russes. Il s’est prononcé en faveur du renforcement des liens culturels et éducatifs, de la création de coentreprises et du développement de la coopération entre les petites et moyennes entreprises, estimant que le salon industriel offrait de nouvelles opportunités dans ce domaine.
«Il est important que le gouvernement arménien continue de garantir un environnement favorable aux investisseurs russes et assure la protection de leurs droits, de la loi et de leurs intérêts. Nous proposons également de poursuivre la tradition des journées culturelles, des expositions et des festivals, ainsi que d’approfondir les échanges dans les domaines de l’éducation et de la jeunesse», a-t-il déclaré.
Remettre les pendules à l’heure
Côté arménien, Pashinyan a affirmé que les élections avaient installé les conditions nécessaires pour examiner l’ensemble de l’agenda bilatéral et résoudre les différends existants.
«Je pense que cette rencontre est une excellente occasion d’aborder l’ensemble de notre agenda bilatéral. Après les élections, c’est aussi le bon moment, comme on dit, pour remettre les pendules à l’heure. Ces derniers temps, certaines questions problématiques sont apparues. J’espère que nous pourrons les discuter et les résoudre », a déclaré le Premier ministre arménien.
Pashinyan a réaffirmé l’engagement à long terme de l’Arménie en faveur du développement de ses relations avec la Russie. Il a également insisté sur l’importance du fonctionnement régulier des mécanismes d’intégration économique régionale.
«Avant les élections comme après celles-ci, nous sommes déterminés à poursuivre le développement de nos relations avec la Fédération de Russie. Nous sommes également attachés à notre participation à l’Union économique eurasiatique et souhaitons que les mécanismes prévus par le traité de l’UEE fonctionnent de manière normale et prévisible», a-t-il déclaré.
Lors de la campagne pour les élections législatives de 2026, puis après le scrutin, la Russie a commencé à exercer une pression économique sur l’Arménie en imposant progressivement des restrictions à l’entrée de produits arméniens sur son marché.
Dans ce contexte de tensions, Nikol Pachinian et Mikhaïl Michoustine se sont entretenus par téléphone la veille, à l’initiative du Premier ministre arménien. Selon le communiqué officiel, les deux dirigeants ont discuté des questions liées à la coopération commerciale et économique bilatérale.
Fin avril, l’agence russe de protection des consommateurs, Rospotrebnadzor, a annoncé avoir détecté des problèmes concernant l’eau minérale Jermuk et en a restreint les importations. Les limitations ont ensuite été étendues aux produits agricoles arméniens, aux fleurs, aux boissons alcoolisées et à d’autres marchandises.
Selon plusieurs experts, ces mesures de rétorsion sont liées aux élections législatives du 7 juin et visaient à influencer les électeurs arméniens en faveur des candidats pro-russes.
«Une baisse d’au moins 14 % du PIB», «une forte hausse des prix de l’énergie», «un contrôle renforcé des infrastructures»: telles sont les mises en garde formulées par des responsables russes pendant la campagne électorale.
La Russie exerce principalement ses pressions sur l’Arménie à travers des instruments économiques. Le mécontentement de Moscou s’est particulièrement manifesté après les sommets de la Communauté politique européenne et UE-Arménie, organisés début mai à Erevan.
Le premier de ces sommets a également réuni le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a averti depuis Erevan que des drones ukrainiens pourraient survoler le défilé militaire du 9 mai à Moscou.
La loi lançant le processus d’adhésion de l’Arménie à l’Union européenne a été adoptée en mars 2025, mais la Russie a particulièrement remis ce dossier au centre de ses critiques durant la campagne électorale.
La dépendance économique de l’Arménie à l’égard de la Russie demeure très importante. La Russie reste le principal marché d’exportation et le premier partenaire commercial du pays. Selon les données du Comité statistique arménien pour la période janvier-mars 2026, 36,3% des exportations arméniennes étaient destinées à la Russie, contre 14,1% vers l’Union européenne. Les volumes d’exportation vers la Russie ont d’ailleurs fortement augmenté depuis le début de la guerre russo-ukrainienne en 2022.
Le 29 mai dernier, les quatre autres États membres de l’Union économique eurasiatique ont annoncé que la question du maintien de l’Arménie au sein de l’organisation serait examinée en décembre. Ils ont exhorté les autorités arméniennes à organiser rapidement un référendum afin de décider entre une adhésion à l’Union européenne ou le maintien dans l’UEE.
Auparavant, Nikol Pachinian avait rappelé que, selon les règles de l’Union économique eurasiatique, la décision de quitter l’organisation ne peut être prise que par l’État membre concerné.
Le président russe Vladimir Poutine n’a toujours pas félicité publiquement le Premier ministre arménien Nikol Pachinian pour sa victoire aux élections législatives du 7 juin.












