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Après le déplacement, les Arméniens d'Artsakh ont besoin d'institutions propres

Après le déplacement, les Arméniens d'Artsakh ont besoin d'institutions propres

La perte de l'Artsakh ne s'est pas achevée avec l'expulsion de sa population arménienne. Une seconde perte est désormais possible: la disparition des Arméniens d'Artsakh en tant que communauté distincte. La plupart des Arméniens d'Artsakh déplacés vivent aujourd'hui en Arménie. Mais la géographie, à elle seule, ne préserve pas une identité. Ils ont perdu le cadre territorial, politique et institutionnel autour duquel s'organisait leur vie collective.

Cela fait d'eux, en un sens, une nouvelle diaspora. Les Arméniens d'Artsakh ont leur propre mémoire historique, leur dialecte, leurs réseaux sociaux et leur expérience politique. Si ces éléments se dissolvent peu à peu dans une identité arménienne plus large, le déplacement aura produit bien plus que la perte d'une terre natale: il aura effacé une communauté arménienne singulière. La diaspora traditionnelle devrait y voir sa responsabilité.

Il ne s'agit pas de parler au nom des Arméniens d'Artsakh, ni de les instrumentaliser dans les luttes politiques internes de l'Arménie. Il s'agit de les aider à préserver leur capacité à s'organiser, à se représenter eux-mêmes et à transmettre leur identité à la génération suivante.

La diaspora devrait le comprendre mieux que quiconque. Les communautés arméniennes ont survécu à des décennies de déracinement parce qu'elles ont bâti des institutions: écoles, églises, journaux, associations culturelles et réseaux de solidarité.

Les Arméniens d'Artsakh ont aujourd'hui besoin de la même pensée institutionnelle.

L'aide humanitaire est indispensable, mais elle ne suffit pas à préserver une communauté. Une communauté survit lorsqu'elle dispose de ses propres structures et de la liberté de reproduire son identité.

Le monde arménien dans son ensemble doit également renoncer au réflexe selon lequel toute identité arménienne serait appelée, tôt ou tard, à être absorbée par un centre unique.

Je suis partisan d'un monde arménien multipolaire. Une transnation policentrique composée de plusieurs centres: Beyrouth, Paris, Istanbul, Alep, Boston, Los Angeles, Buenos Aires, Moscou… ces pôles doivent rester forts par eux-mêmes et développer leur propre avantage comparatif en fonction de leur histoire et de leur trajectoire. Leur existence n'affaiblit pas l'Arménie.

Le même principe devrait s'appliquer aux Arméniens d'Artsakh.

L'intégration en Arménie ne doit pas signifier invisibilité politique ni disparition culturelle. Leur identité propre ne doit pas être traitée comme provisoire, gênante, ou vouée à s'estomper d'elle-même avec le temps.

Il y a là aussi un défi plus vaste pour la diaspora elle-même.

Pendant des décennies, l'identité arménienne s'est souvent pensée autour de trois pôles: l'Arménie, l'Artsakh et la diaspora. Cette structure est brisée. L'Artsakh a été vidé de sa population arménienne. Pourtant, une trop grande partie de la diaspora continue d'agir comme si l'ancien schéma pouvait perdurer tel quel. Ce n'est pas possible.

Si la diaspora veut rester pertinente à la fois sur le plan politique et culturel, elle doit faire davantage que publier des déclarations, commémorer les pertes et réagir aux urgences. Elle doit soutenir les communautés arméniennes partout où elles existent et les aider à rester organisées. Les Arméniens d'Artsakh sont désormais l'une de ces communautés. La diaspora ne doit pas attendre que leurs institutions aient disparu et que leur identité soit réduite à un souvenir. La perte du territoire a déjà été une catastrophe. Laisser se perdre une identité arménienne d'Artsakh distincte serait un second échec. Et cette fois, une part de la responsabilité nous reviendrait.

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