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Un critique de Pashinyan interpellé pour une publication Facebook, la justice accusée de deux poids, deux mesures

Un critique de Pashinyan interpellé pour une publication Facebook, la justice accusée de deux poids, deux mesures

Par Lia Avagyan

Les autorités arméniennes ont interpellé, le 29 septembre, l’écrivain et dramaturge Vahram Sahakyan, critique virulent du Premier ministre Nikol Pashinyan, en raison d’une publication sur Facebook. Cette arrestation a suscité des accusations selon lesquelles les lois encadrant la liberté d’expression seraient appliquées de manière sélective afin de réduire au silence les opposants au gouvernement.

Un tribunal a ensuite placé Vahram Sahakyan sous contrôle administratif. Son avocat, Ruben Melikyan, a indiqué que la justice lui avait également interdit de publier sur les réseaux sociaux, sauf sur des sujets liés à son activité professionnelle.

Le Comité d’enquête a indiqué que Vahram Sahakyan était poursuivi pour incitation ou promotion de la haine, de l’intolérance ou de l’hostilité, en raison d’une publication datant du 8 janvier 2025. Selon le Comité, une expertise reçue le 1er septembre 2026 a conclu que cette publication contenait des propos haineux. L’enquête se poursuit.

Vahram Sahakyan est connu pour ses critiques virulentes à l’égard de Nikol Pashinyan et pour ses déclarations publiques souvent grossières. Son interpellation a suscité les réactions de plusieurs commentateurs, qui remettent en question à la fois le recours à des poursuites pénales pour des propos offensants et le traitement réservé par les autorités aux critiques du gouvernement.

Tigran Grigoryan, directeur du Centre régional pour la démocratie et la sécurité, a déclaré ne pas savoir précisément quels propos étaient à l’origine de cette affaire, mais a estimé que les poursuites liées à la liberté d’expression s’inscrivaient dans une tendance plus générale.

« Il est clair que, dans les affaires pénales liées à la liberté d’expression, nous avons affaire à une justice partiale et sélective », a-t-il écrit sur Facebook.

Tigran Grigoryan a comparé les poursuites visant Vahram Sahakyan au rejet d’une plainte déposée par son organisation concernant des propos hostiles à l’égard des réfugiés du Haut-Karabakh. Selon lui, les enquêteurs ont mis plus de deux mois à fournir une explication écrite justifiant leur décision de ne pas donner suite à la publication d’une personnalité publique affirmant que « les Arméniens du Karabakh sont des ennemis de la République d’Arménie ».

Selon Tigran Grigoryan, le Comité d’enquête a expliqué, dans un document de cinq à six pages, que cette déclaration ne constituait pas une infraction pénale.

« Il ne s’agit ni d’une erreur ni d’incompétence », a-t-il écrit. « Il s’agit d’une politique délibérée et systématique. »

Le commentateur Gor Madoyan a estimé que les propos offensants devaient recevoir une réponse par la parole ou, lorsque cela se justifie, faire l’objet d’une procédure civile, plutôt que conduire à une arrestation.

« S’il existe une liberté de parler et d’écrire, il existe aussi une liberté de ne pas lire », a-t-il écrit.

Gor Madoyan a estimé que la vulgarité faisait partie de l’expression publique et qu’elle ne devait pas, en elle-même, être criminalisée. Il a accusé les forces de l’ordre de fermer les yeux sur les déclarations hostiles de personnalités favorables au gouvernement, tout en poursuivant les voix de l’opposition dans le but de les intimider et de les réduire au silence.

« Au lieu de répondre à l’objet de la critique, ils neutralisent celui qui critique », a-t-il écrit.

La commentatrice Lusine Hovhannisyan a également remis en question la réaction des personnes et organisations qui défendent la liberté d’expression.

« Mesdames, messieurs, quelqu’un est arrêté pour ses propos. Vous êtes occupés ? », a-t-elle écrit avec ironie.

Des préoccupations concernant une application sélective de la loi ont également été relevées dans des évaluations internationales. Dans son rapport 2025 sur l’Arménie, Freedom House, citant un article de presse de janvier 2024, indiquait que près de 95 % des affaires judiciaires concernant l’incitation à la violence au titre d’un amendement de 2020 au Code pénal portaient sur des menaces présumées visant Nikol Pashinyan et ses partisans. Des déclarations potentiellement répréhensibles de membres du parti au pouvoir ne semblaient pas faire l’objet du même niveau d’attention.

Parmi les précédentes affaires liées à la liberté d’expression figure celle d’Edgar Ghazaryan, ancien ambassadeur d’Arménie en Pologne et critique du gouvernement, poursuivi pour des déclarations concernant des juges de la Cour constitutionnelle. Pendant la procédure, un tribunal lui avait interdit de s’exprimer publiquement au sujet des juges ainsi que de plusieurs catégories de responsables des forces de l’ordre.

Democracy Watch, le programme de CivilNet consacré à la démocratie, s’est également penché sur des arrestations très médiatisées et des cas de recours disproportionné à la force. Il estime que ces pratiques, conjuguées aux pressions politiques exercées sur les enquêteurs et les tribunaux, soulèvent des inquiétudes quant à l’indépendance des institutions et à l’utilisation des forces de l’ordre pour envoyer des messages politiques.

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