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Le Premier ministre change de position: l’Arménie pourrait avoir besoin d’une centrale nucléaire de 1 000 MW

Le Premier ministre change de position: l’Arménie pourrait avoir besoin d’une centrale nucléaire de 1 000 MW

Par Ani Paitjan

«Il n’est pas exclu qu’une centrale nucléaire de 1 000 mégawatts soit la solution la plus logique », a déclaré le Premier ministre Nikol Pashinyan lors d’un point presse au gouvernement. Selon lui, la centrale nucléaire modulaire envisagée jusqu’à présent pourrait ne plus suffire à couvrir le déficit d’électricité créé par les nouvelles installations liées à l’intelligence artificielle.

« Il y a encore un an et quatre mois, la République d’Arménie était un pays disposant d’un excédent d’électricité et nous devions réfléchir à la manière d’utiliser cette énergie supplémentaire. Un an plus tard, la République d’Arménie est devenue un pays confronté à un déficit d’électricité », a déclaré le Premier ministre.

Selon Nikol Pashinyan, les grands projets d’investissement approuvés après la signature, le 8 août, d’un mémorandum avec le président américain ont entièrement absorbé l’excédent d’électricité du pays. Il a précisé que les investisseurs à l’origine de nouvelles installations dans le domaine de l’intelligence artificielle adressaient déjà des demandes écrites au gouvernement afin d’obtenir des garanties sur leur approvisionnement en énergie.

« Par le passé, j’ai dit des dizaines de fois que nous n’avions besoin de rien de plus qu’une centrale nucléaire modulaire, et c’était notre position. Mais compte tenu de cette évolution, nous devons désormais réévaluer la situation, car il est très probable qu’une centrale modulaire ne suffise plus », a souligné Nikol Pashinyan.

Selon le Premier ministre, la question fait actuellement l’objet de discussions entre experts et une décision définitive devrait être prise dans les prochains mois, dans le respect de l’échéance fixée à la fin de 2027. Il a ajouté que cette décision devait être prise le plus rapidement possible, car la construction d’une nouvelle centrale nucléaire et son raccordement au réseau nécessitent environ sept à huit ans.

La veille, le Premier ministre Nikol Pashinyan avait reçu Alexeï Likhatchev, directeur général de la société publique russe Rosatom. Celui-ci lui avait présenté les propositions russes concernant la construction de réacteurs nucléaires de petite et moyenne puissance.

En mai dernier encore, Nikol Pashinyan avait déclaré que, compte tenu du rythme de développement de l’énergie solaire, l’Arménie n’aurait pas besoin d’une centrale nucléaire de 1 000 MW, puisqu’elle dispose de sa propre ressource énergétique : le solaire.

« Nous nous concentrons actuellement sur l’idée d’une centrale nucléaire modulaire, car elle permettrait, si nécessaire, de construire ultérieurement de nouvelles unités de production », avait alors déclaré le Premier ministre.

Le programme gouvernemental pour 2026-2031 prévoit que l’Arménie devra avoir choisi, d’ici à la fin de 2027, la technologie qui sera utilisée pour sa future centrale nucléaire.

Les responsables arméniens avaient jusqu’à présent privilégié l’idée d’une centrale de puissance relativement limitée, jugée mieux adaptée à la taille du système électrique du pays. Les petits réacteurs modulaires (SMR) figurent parmi les principales options envisagées.

La centrale nucléaire de Metsamor assure actuellement jusqu’à 30 % de la production annuelle d’électricité de l’Arménie. En 2023, l’Arménie a signé avec Rosatom un accord de modernisation de 65 millions de dollars afin de prolonger jusqu’en 2036 l’exploitation du réacteur de conception soviétique.

Une centrale vieillissante et un choix stratégique à faire

L’Arménie exploite actuellement une seule centrale nucléaire, celle de Metsamor, située à une trentaine de kilomètres à l’ouest d’Erevan. Construite à l’époque soviétique, elle comprenait à l’origine deux réacteurs. Le réacteur n°1 est à l’arrêt, tandis que le réacteur n°2, mis en service en 1980, continue de produire une part importante de l’électricité du pays.

La centrale avait été entièrement arrêtée après le séisme de Spitak de 1988, dans un contexte de fortes préoccupations concernant la sécurité. Mais face à la grave crise énergétique qui a suivi l’effondrement de l’Union soviétique, le deuxième réacteur a été remis en service en 1995.

Depuis, d’importants travaux de modernisation et de sécurité ont été réalisés. L’Arménie mène actuellement un nouveau programme destiné à prolonger la durée d’exploitation du réacteur jusqu’en 2036. En septembre, devant la Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Erevan a indiqué poursuivre notamment son travail avec le programme SALTO de l’agence, consacré à la sûreté de l’exploitation à long terme des centrales vieillissantes.

La question est désormais de savoir par quoi remplacer Metsamor. Jusqu’à récemment, le gouvernement privilégiait clairement les petits réacteurs modulaires, ou SMR. En mars 2026, Nikol Pashinyan avait encore présenté cette technologie comme le choix de l’Arménie, notamment parce qu’une capacité plus limitée et évolutive correspondait mieux à la taille du réseau électrique arménien.

Erevan étudie parallèlement les propositions de plusieurs partenaires. En septembre, Nikol Pashinyan a indiqué que des discussions étaient en cours avec les États-Unis, la Russie, la France, la Chine et la Corée du Sud. L’Arménie prévoit de choisir la technologie de sa future centrale d’ici à la fin de 2027.

La coopération avec Washington a également progressé. En février 2026, l’Arménie et les États-Unis ont annoncé l’achèvement des négociations sur un accord de coopération nucléaire civile, dit « accord 123 », qui ouvre juridiquement la voie au transfert de technologies et d’équipements nucléaires américains vers l’Arménie.

La Russie reste cependant un acteur majeur du secteur nucléaire arménien. Rosatom participe aux travaux destinés à prolonger la durée de vie du réacteur de Metsamor. Le 29 septembre, son directeur général Alexeï Likhatchev a rencontré Nikol Pashinyan à Erevan et lui a présenté les propositions russes pour une future centrale, notamment des unités de petite et moyenne puissance.

Le choix du futur réacteur ne porte donc pas uniquement sur sa puissance. Le gouvernement doit comparer le coût de construction et son impact potentiel sur les tarifs de l’électricité, la sûreté, les délais, les garanties offertes par les fournisseurs et l’adaptation de la centrale au réseau arménien.

La forte progression du solaire complique encore l’équation. La capacité solaire installée en Arménie est passée, selon le gouvernement, de 16 MW en 2018 à plus de 1 200 MW en 2026, et Erevan prévoit également de développer au moins 800 MW de capacités de stockage d’électricité d’ici 2031. Jusqu’à récemment, cette évolution poussait le gouvernement à privilégier une centrale nucléaire plus petite et plus flexible.

Mais la hausse désormais anticipée de la consommation d’électricité, notamment en raison de nouveaux projets liés à l’intelligence artificielle, pourrait changer ce calcul. C’est dans ce contexte que Nikol Pashinyan envisage désormais publiquement une centrale pouvant atteindre 1 000 MW, alors qu’il jugeait encore quelques mois auparavant une telle capacité inutile pour l’Arménie.

Cette évolution intervient au moment où le pays doit gérer deux échéances en parallèle : maintenir l’actuelle centrale de Metsamor en fonctionnement en toute sécurité et décider rapidement de la technologie qui prendra le relais, la construction et la mise en service d’une nouvelle centrale pouvant nécessiter plusieurs années.

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