Le projet TRIPP pourrait être mis en œuvre avant même la signature de l’accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, a déclaré le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, le 27 octobre, devant l’Assemblée nationale, lors de l’examen du projet de ratification de l’accord-cadre de coopération stratégique entre l’Arménie et les États-Unis concernant le TRIPP.
Selon le ministre, l’Azerbaïdjan refuse pour l’instant de signer l’accord de paix, invoquant une condition préalable qu’il a lui-même posée. Bakou affirme toutefois être prêt à signer le document une fois cette condition levée.
Ararat Mirzoyan a souligné la nécessité de distinguer la signature formelle de l’accord de paix de la situation qui prévaut actuellement sur le terrain.
« Le document est une chose, mais dans les faits, nous constatons une paix réelle. Aujourd’hui, les soldats ne se tirent plus dessus et des marchandises transitent », a déclaré le ministre.
Selon lui, les conditions de paix nécessaires à la mise en œuvre du TRIPP sont déjà réunies.
Mirzoyan a toutefois reconnu qu’il aurait été possible de signer d’abord l’accord de paix, puis de lancer le TRIPP. Il estime néanmoins que le développement de la coopération pourrait également accélérer la signature du traité.
« Peut-être que le TRIPP, ou d’autres projets de coopération, allant jusqu’à des visites de représentants de la société civile, contribueront à leur tour à consolider la paix actuelle et à rapprocher la signature de l’accord de paix », a-t-il expliqué.
En réaction, Narek Karapetyan, chef du groupe parlementaire « Arménie forte », a exprimé ses inquiétudes quant au risque que l’Azerbaïdjan perde tout intérêt à signer l’accord de paix une fois le TRIPP opérationnel.
Selon l’opposant, Bakou pourrait obtenir une liaison avec le Nakhitchevan tout en continuant à formuler de nouvelles exigences à l’égard de l’Arménie, sans pour autant garantir à cette dernière les possibilités de désenclavement prévues.
Karapetyan a notamment évoqué l’exigence de l’Azerbaïdjan concernant une modification de la Constitution arménienne, qu’il considère comme un moyen potentiel de prolonger le processus de paix.
Il s’est interrogé sur les raisons qui pousseraient Bakou à ouvrir les autres voies de communication nécessaires à l’Arménie s’il pouvait déjà bénéficier du TRIPP.
Karapetyan a également exprimé la crainte que l’Azerbaïdjan impose ultérieurement de nouvelles conditions difficiles à satisfaire.
Le ministre des Affaires étrangères a, de son côté, affirmé que la principale garantie du bon fonctionnement du TRIPP résidait dans les intérêts économiques mutuels de toutes les parties concernées.
« La garantie, c’est que ce projet est mutuellement bénéfique. Nous en avons grandement besoin, eux aussi, et toutes les parties tierces également », a déclaré Mirzoyan.
Il a assuré ne pas envisager de scénario dans lequel l’Azerbaïdjan pourrait acheminer des marchandises vers le Nakhitchevan via le TRIPP, tandis que l’Arménie serait privée de la possibilité d'utiliser les voies de communication traversant le territoire azerbaïdjanais, notamment dans la région du Tavouch.
« Il ne peut pas y avoir de situation dans laquelle des marchandises circuleraient entre l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan, dans un sens ou dans l’autre, par cette infrastructure, sans qu’une circulation équivalente soit possible pour l’Arménie via le Tavouch », a affirmé le ministre.
Un projet qui n’est pas conditionné à la signature de l’accord de paix
L’Arménie et l’Azerbaïdjan ont paraphé le texte de l’accord sur la paix et l’établissement de relations interétatiques le 8 août 2025 à Washington, en présence des ministres des Affaires étrangères des deux pays.
Le même jour, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev ont signé, en présence du président américain Donald Trump, une déclaration commune prévoyant notamment l’ouverture des voies de communication régionales.
L’accord-cadre de coopération stratégique entre l’Arménie et les États-Unis concernant le projet TRIPP a été signé les 1er et 4 juin 2026, respectivement à Washington et à Erevan.
Ce document prévoit la création d’une société de développement conjointe chargée de la mise en œuvre du projet sur le territoire arménien.
L’accord réaffirme le maintien de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la juridiction de l’Arménie sur les zones concernées par le TRIPP.
Il prévoit également le développement des voies de communication régionales et des avantages économiques réciproques. Toutefois, son entrée en vigueur n’est pas explicitement conditionnée à la signature de l’accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.
Le 21 octobre, la commission permanente des relations extérieures de l’Assemblée nationale a émis un avis favorable sur le projet de ratification de l’accord.
Le 22 octobre, le gouvernement arménien a annoncé le lancement des travaux de conception des infrastructures ferroviaires, routières et des lignes de transport d’électricité prévues dans le cadre du TRIPP.
Le même jour, le Premier ministre Nikol Pachinian avait déclaré estimer que l’accord de paix avec l’Azerbaïdjan pourrait être signé en 2027 ou 2028.












