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L’Arménie confrontée à une vague de restrictions russes sur ses exportations

L’Arménie confrontée à une vague de restrictions russes sur ses exportations

Traduis par Ani Paitjan

La Russie a intensifié sa pression économique sur l’Arménie à l’approche des élections législatives du 7 juin, en ciblant plusieurs secteurs clés du commerce bilatéral, alors que les relations entre les deux pays continuent de se détériorer.

Depuis les précédentes élections parlementaires de 2021, le contexte régional a profondément changé. L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, l’absence de réaction de Moscou face aux incursions azerbaïdjanaises sur le territoire souverain de l’Arménie la même année, ainsi que son inaction lors du nettoyage ethnique des Arméniens du Haut-Karabakh en 2023 malgré la présence de ses forces de maintien de la paix, ont considérablement érodé la confiance d’Erevan envers son allié traditionnel.

Les tensions politiques croissantes et l’isolement économique grandissant de la Russie ont également renforcé la volonté de l’Arménie de diversifier ses partenariats diplomatiques et économiques. Le programme électoral du parti au pouvoir, Contrat civil, ne présente plus le pays comme dépendant de Moscou et met davantage l’accent sur un rapprochement avec l’Union européenne.

La Russie a vivement réagi à cette réorientation. Si son influence politique et sécuritaire en Arménie s’est affaiblie, elle demeure de loin le premier partenaire commercial du pays, représentant environ 37 % du commerce extérieur arménien.

Ces dernières semaines, Moscou a imposé une série de restrictions touchant plusieurs secteurs stratégiques des exportations arméniennes, une méthode déjà utilisée par le passé contre d’autres pays lorsque les relations bilatérales se dégradaient. Des mesures similaires avaient notamment été prises contre la Géorgie dans les années 2000 lors de son rapprochement avec l’Occident, contre l’Ukraine après 2014, ainsi qu’à différents moments contre la Pologne, la Turquie ou encore la Moldavie.

Le schéma est souvent le même : des produits, principalement agricoles, sont soudainement jugés non conformes aux normes phytosanitaires ou dangereux pour la consommation, entraînant parfois la destruction de récoltes entières faute de marchés alternatifs.

L’Arménie est particulièrement vulnérable à ce type de mesures en raison de sa forte dépendance aux exportations agricoles et à la production de boissons. Ces secteurs emploient des centaines de milliers de personnes, souvent dans les zones rurales, où l’impact économique peut être particulièrement lourd.

Eau minérale

L’eau minérale Jermuk est l’une des marques les plus emblématiques d’Arménie. Produite dans la ville thermale du même nom, elle est exportée vers de nombreux marchés, notamment en Amérique du Nord et en Europe. Jusqu’à récemment, elle était présente dans la quasi-totalité des chaînes de supermarchés russes ainsi que dans les nombreuses épiceries arméniennes du pays.

Très populaire en Russie depuis plusieurs décennies, la marque est désormais considérée comme non conforme. Après plusieurs restrictions visant certains lots, Moscou a annoncé la semaine dernière une interdiction temporaire totale, affectant des dizaines de millions de bouteilles. Les autorités russes affirment y avoir détecté des concentrations excessives d’hydrocarbures, de chlore et de sulfates.

Fleurs

Le mois dernier, le service phytosanitaire russe Rosselkhoznadzor a interdit l’importation de toutes les fleurs en provenance d’Arménie.

« Cette décision vise à protéger le bien-être phytosanitaire de la Russie et son potentiel d’exportation », a indiqué l’organisme dans un communiqué.

L’Arménie est le deuxième fournisseur de fleurs de la Russie après les importations d’origine néerlandaise. Ce secteur a exporté pour environ 50 millions de dollars de fleurs l’année dernière, presque exclusivement vers le marché russe.

Interrogée par l’agence de presse russe TASS, la plateforme de vente de fleurs Flowwow a estimé que l’interdiction entraînerait probablement des pénuries localisées de certaines variétés ainsi qu’une hausse modérée des prix, notamment pour les roses, dans un pays où offrir des fleurs aux femmes est profondément ancré dans les habitudes sociales.

Fruits et légumes

Samedi dernier, Rosselkhoznadzor a également interdit les importations de tomates, concombres, poivrons, herbes aromatiques et fraises arméniennes.

« Cette décision a été prise en raison de l’augmentation du nombre d’infractions constatées dans les livraisons de produits agricoles arméniens vers la Russie et afin de garantir la sécurité phytosanitaire du pays », a déclaré l’organisme.

Les autorités russes ont précisé que cette décision faisait suite à une inspection menée dans plusieurs serres arméniennes par leurs représentants. De nombreux producteurs arméniens acceptent volontairement ces inspections dans l’espoir d’éviter des sanctions, mais celles-ci servent souvent de justification supplémentaire à de nouvelles restrictions.

Pratiquement toutes les exportations arméniennes de légumes sont destinées à la Russie. Elles ont représenté plus de 142 millions de dollars en 2024. Face à l’incertitude actuelle, l’ensemble du secteur se retrouve dans une situation délicate, même si les exportations de légumes en conserve se poursuivent pour l’instant.

Boissons alcoolisées

Ces dernières semaines, Moscou a également imposé des restrictions à plusieurs grands producteurs arméniens de spiritueux, dont la fabrique de brandy Proshyan et la cave Vedi Alco.

Toutefois, les mesures russes n’ont pas encore touché la principale marque de brandy arménien, Ararat, ni d’autres marques renommées.

Pour le journaliste russe exilé Konstantin Krivosheev, interrogé jeudi par le service russe de la BBC, ces mesures ressemblent davantage à un avertissement qu’à de véritables sanctions économiques majeures.

Selon lui, l’interdiction frappant l’eau minérale Jermuk est bien plus significative.

« Jermuk est clairement la marque d’eau la plus connue d’Arménie et n’a pratiquement aucun concurrent. Cette décision est donc hautement symbolique », a-t-il déclaré.

Poisson

Les restrictions russes ont également visé le poisson d’eau douce arménien. Dans un communiqué publié vendredi, Rosselkhoznadzor a indiqué que seuls deux producteurs arméniens avaient réussi son inspection, ajoutant qu’environ la moitié des entreprises du secteur avaient refusé de recevoir les inspecteurs russes.

Les exportations arméniennes de poisson vers la Russie, principalement de la truite issue de piscicultures, ont atteint 72 millions de dollars l’an dernier. En avril, les produits arméniens représentaient environ 12 % des importations russes de truite.

La réaction du gouvernement arménien

Des médias russes, tant pro-Kremlin qu’indépendants en exil, qualifient déjà la situation de « guerre commerciale ».

Le gouvernement arménien affirme cependant être en mesure de résoudre le problème, soit par le dialogue avec Moscou, soit en développant davantage ses échanges avec l’Union européenne.

« Nous avons discuté de la possibilité de subventionner les coûts de transport et de douane pour accroître les exportations vers l’Union européenne. Nous avons déjà calculé combien il faudrait investir pour réorienter totalement vers l’UE ce que nous exportons actuellement vers la Russie. C’est un scénario extrême et je ne pense pas que nous devrons y recourir, mais il est gérable », a déclaré vendredi le ministre de l’Économie, Gevorg Papoyan, dans un entretien accordé à CivilNet.

Le ministre a également insisté sur les limites que l’Arménie n’était pas prête à franchir :

« En matière d’indépendance, de souveraineté et d’intégrité territoriale, il existe des lignes rouges. Nous ne pouvons pas échanger notre souveraineté contre des tomates. »

S’adressant aux journalistes lundi, Papoyan a par ailleurs laissé entendre que ces restrictions constituaient une tentative de pression politique à l’approche du scrutin législatif.

« Après les élections, nous réglerons ces questions très rapidement », a-t-il assuré.

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