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Après les élections en Arménie, quelles sont les prochaines étapes?

Après les élections en Arménie, quelles sont les prochaines étapes?

Les élections législatives du 7 juin ont livré leur verdict. Selon les résultats préliminaires, le parti au pouvoir, Contrat civil, dirigé par le Premier ministre Nikol Pachinian, a obtenu près de 50% des voix, conservant ainsi une avance confortable sur ses principaux concurrents.

Mais si les urnes ont parlé, le processus politique est loin d'être terminé. La formation du nouveau gouvernement, les négociations autour de la paix avec l'Azerbaïdjan et l'éventuelle réforme de la Constitution figurent désormais parmi les dossiers les plus importants qui attendent les autorités.

De la validation des résultats à la formation du gouvernement

Dans les jours à venir, la Commission électorale centrale devra finaliser et certifier les résultats du scrutin. Les recours éventuels déposés par les partis politiques ainsi que les enquêtes ouvertes concernant certaines irrégularités signalées durant la campagne ou le jour du vote devront également être examinés.

Une fois les résultats officiellement validés, les sièges seront répartis entre les forces ayant franchi le seuil électoral. Quatre formations devraient entrer au Parlement : Contrat civil, l'Alliance Arménie forte, l'Alliance Arménie et le parti Arménie prospère.

Avec près de la moitié des suffrages exprimés, Contrat civil devrait conserver une majorité parlementaire suffisante pour former seul le gouvernement. Sauf surprise, Nikol Pachinian devrait donc être reconduit au poste de Premier ministre pour un nouveau mandat de cinq ans.

Une orientation politique qui devrait se poursuivre

Ces élections étaient largement perçues comme un choix entre deux orientations stratégiques pour le pays.

D'un côté, le gouvernement défend la poursuite du rapprochement avec l'Union européenne et les États-Unis, ainsi que la signature d'un accord de paix avec l'Azerbaïdjan. De l'autre, plusieurs formations d'opposition plaidaient pour un rééquilibrage en faveur de la Russie et critiquaient la politique menée depuis plusieurs années.

Les résultats suggèrent qu'une part importante de l'électorat souhaite poursuivre la trajectoire engagée depuis la révolution de 2018. Cela pourrait se traduire par la poursuite des négociations avec Bakou, le développement des relations avec les partenaires occidentaux et la mise en œuvre de nouvelles réformes institutionnelles.

La réforme constitutionnelle au cœur des débats

Parmi les grands dossiers du prochain mandat figure la question de la réforme de la Constitution.

Depuis plusieurs mois, Nikol Pachinian affirme que l'Arménie a besoin d'une nouvelle Constitution adaptée aux réalités actuelles du pays. Selon le gouvernement, cette réflexion s'inscrit dans un processus de modernisation de l'État et de redéfinition du projet national arménien.

Mais le sujet est également devenu un enjeu diplomatique majeur.

L'Azerbaïdjan estime que certains éléments du cadre constitutionnel arménien, notamment les références à la Déclaration d'indépendance, pourraient être interprétés comme des revendications territoriales concernant le Haut-Karabakh. Bakou réclame depuis plusieurs années une modification de ces dispositions avant la signature d'un traité de paix définitif.

Cette demande est toutefois fortement contestée par une partie de l'opposition et de la société civile, qui y voient une concession excessive aux exigences azerbaïdjanaises.

Contrat civil peut-il modifier la Constitution avec 49 % des voix ?

La réponse est non.

Même avec près de 50 % des suffrages, Contrat civil ne dispose pas automatiquement du pouvoir de modifier seul la Constitution.

Contrairement aux lois ordinaires, les réformes constitutionnelles sont soumises à des règles beaucoup plus strictes. Dans la plupart des cas, elles nécessitent l'approbation des deux tiers des députés de l'Assemblée nationale. Certaines modifications peuvent également exiger l'organisation d'un référendum national.

Autrement dit, une majorité parlementaire simple ne suffit pas.

Le nombre exact de sièges obtenus par Contrat civil sera donc déterminant. Si le parti n'atteint pas le seuil nécessaire pour disposer d'une majorité constitutionnelle, il devra soit convaincre d'autres forces politiques de le soutenir, soit soumettre ses propositions directement aux citoyens par voie référendaire.

Dans tous les cas, une réforme de la Constitution ne pourrait pas être menée rapidement. Un tel processus implique généralement des consultations publiques, des travaux d'experts, des débats parlementaires et, potentiellement, une campagne référendaire.

Une opposition affaiblie mais loin d'avoir disparu

Si les résultats préliminaires se confirment, l'opposition conservera une présence significative au sein de la nouvelle Assemblée nationale. L'Alliance Arménie de Robert Kotcharian, l'Alliance Arménie forte de Samvel Karapetian ainsi qu'Arménie prospère devraient disposer de plusieurs dizaines de sièges et constituer un contrepoids au pouvoir de Nikol Pachinian.

La cohabitation parlementaire pourrait toutefois s'avérer tendue. Les désaccords sont profonds sur plusieurs questions majeures : les relations avec la Russie, le processus de paix avec l'Azerbaïdjan, l'ouverture des communications régionales ou encore l'éventuelle réforme constitutionnelle.

La présence au Parlement de personnalités qui ont fait campagne sur une ligne très critique à l'égard du gouvernement laisse présager des débats particulièrement animés. Les sessions parlementaires pourraient être marquées par des confrontations verbales, voire par les scènes de tension qui ont déjà ponctué la vie politique arménienne ces dernières années.

Pour autant, l'entrée de ces forces à l'Assemblée nationale pourrait également déplacer une partie de la contestation du terrain de la rue vers celui des institutions, offrant à l'opposition une tribune officielle pour défendre ses positions.

Des manifestations sont-elles possibles ?

Une autre inconnue concerne la réaction des électeurs de l'opposition dans les jours et semaines qui suivront la proclamation des résultats définitifs.

À ce stade, rien n'indique l'émergence d'un mouvement de contestation d'ampleur comparable à ceux observés lors de certaines crises politiques passées. Contrairement aux élections de 2021, où les blessures de la guerre de 2020 étaient encore très présentes, le scrutin de 2026 s'est déroulé dans un contexte relativement plus stable.

Cependant, plusieurs facteurs pourraient alimenter les tensions. Certains partis ont déjà dénoncé des irrégularités durant la campagne et le jour du vote. Les arrestations de plusieurs figures de l'opposition avant le scrutin ont également nourri les accusations d'inégalités dans la compétition électorale.

Des rassemblements, manifestations ou recours judiciaires demeurent donc possibles, en particulier si l'opposition estime que certaines violations ont affecté le résultat du scrutin.

La capacité de mobilisation des partis battus reste toutefois incertaine. Les mouvements de protestation organisés ces dernières années n'ont généralement pas réussi à maintenir une pression durable sur le gouvernement. Le résultat relativement net obtenu par Contrat civil pourrait également compliquer les tentatives de contestation de la légitimité du vote.

Une victoire électorale, mais pas un chèque en blanc

La victoire de Contrat civil offre à Nikol Pachinian une nouvelle légitimité politique, mais elle ne lui donne pas les mains totalement libres.

Les prochaines années seront marquées par plusieurs défis majeurs : la conclusion d'un accord de paix avec l'Azerbaïdjan, les réformes institutionnelles, les questions de sécurité régionale et la poursuite de la diversification des relations internationales de l'Arménie.

La question constitutionnelle pourrait rapidement devenir l'un des principaux sujets de confrontation politique du nouveau mandat. Car au-delà des débats juridiques, elle touche directement à l'identité de l'État arménien, à la mémoire du conflit du Haut-Karabakh et à la vision que les Arméniens se font de l'avenir de leur pays.

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