La Cour d'appel ordonne un nouveau procès pour l'archevêque Mikael Ajapahyan

La Cour pénale d'appel d'Arménie a annulé le jugement de première instance condamnant l'archevêque Mikael Ajapahyan, primat du diocèse de Chirak de l'Église apostolique arménienne, et a ordonné un nouveau procès. La partie dispositive de la décision a été rendue publique le 25 juin.
La Cour a également levé la mesure de résidence surveillée qui lui était imposée, tout en maintenant l'interdiction de quitter le territoire.
En première instance, le tribunal d'Erevan avait condamné l'archevêque à deux ans de prison après l'avoir reconnu coupable d'appels publics à la prise du pouvoir, à l'atteinte à l'intégrité territoriale, au renversement violent de l'ordre constitutionnel ou à l'abandon de la souveraineté de l'État, des faits prévus par l'article 422, paragraphe 2, du Code pénal arménien.
Mikael Ajapahyan conteste fermement ces accusations. Ses avocats avaient demandé à la Cour d'appel d'annuler intégralement le verdict et de prononcer son acquittement. L'archevêque a également saisi la Cour européenne des droits de l'homme.
Avant cette décision, la Cour d'appel avait déjà remplacé sa détention provisoire par une résidence surveillée. Il était incarcéré depuis le 28 juin 2025.
Une figure centrale de l'opposition ecclésiastique au gouvernement
L'affaire s'inscrit dans un contexte de confrontation sans précédent entre le gouvernement du Premier ministre Nikol Pachinian et l'Église apostolique arménienne, institution qui demeure l'une des plus influentes du pays.
Depuis la défaite de l'Arménie lors de la guerre du Haut-Karabakh en 2020, puis la reprise totale de l'enclave par l'Azerbaïdjan en 2023, les relations entre les deux camps se sont fortement détériorées. Les responsables religieux ont multiplié les critiques contre la politique du gouvernement, l'accusant d'avoir échoué à protéger les intérêts nationaux et d'avoir fait des concessions territoriales.
À l'inverse, Nikol Pachinian accuse régulièrement une partie de la hiérarchie ecclésiastique de s'impliquer dans la vie politique et de chercher à déstabiliser les institutions.
Mikael Ajapahyan est l'une des figures les plus critiques envers le gouvernement. Au fil des dernières années, il a appelé à plusieurs reprises à la démission de Nikol Pachinian, estimant que ce dernier avait perdu toute légitimité après les défaites militaires et les concessions faites dans les négociations avec Bakou. Ses déclarations lui ont valu une importante visibilité au sein des mouvements d'opposition.
Une campagne judiciaire dénoncée par l'opposition
L'arrestation puis les poursuites engagées contre l'archevêque ont alimenté les accusations de dérive autoritaire formulées par les partis d'opposition et par plusieurs représentants de l'Église. Ceux-ci estiment que la justice est utilisée pour faire taire les voix critiques.
Le gouvernement rejette ces accusations et affirme que les poursuites ne sont motivées que par des considérations pénales, indépendamment du statut religieux ou politique des personnes visées.
L'affaire Ajapahyan intervient alors que plusieurs personnalités de l'opposition ont également été arrêtées ou poursuivies ces derniers mois, parmi lesquelles le milliardaire Samvel Karapetyan, le dirigeant du mouvement Hayakve Avetik Chalabyan ou encore l'archevêque Bagrat Galstanyan, chef du mouvement « Tavouch pour la Patrie », qui avait conduit les importantes manifestations antigouvernementales de 2024.
Pour les critiques du gouvernement, ces procédures illustrent un durcissement du pouvoir à l'approche des élections. L'exécutif assure au contraire que toutes les enquêtes sont menées dans le strict respect de la loi et qu'aucune personne, quelle que soit sa position, n'est au-dessus de celle-ci.
La décision de la Cour d'appel ne met pas un terme à la procédure. Le dossier sera désormais réexaminé par un tribunal de première instance, qui devra se prononcer à nouveau sur la culpabilité ou non de l'archevêque. En attendant ce nouveau procès, Mikael Ajapahyan reste soumis à une interdiction de quitter le territoire arménien.
Ani Paitjan










