Israël s'apprête à soumettre la reconnaissance du génocide arménien au vote du Parlement

Par Mohamad Rimawi et Paul Vartan Sookiasian
Le chef de la diplomatie israélienne a annoncé avoir engagé un processus visant à faire reconnaître officiellement par Israël le génocide arménien de 1915, qualifiant cette démarche de « devoir moral et historique ».
Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar, a indiqué jeudi sur X qu'il présenterait lors de la prochaine réunion du gouvernement, probablement dimanche, un projet de résolution reconnaissant les massacres perpétrés « contre le peuple arménien durant les dernières années de l'Empire ottoman ».
Sa'ar a ajouté qu'Israël « doit condamner fermement toute forme de négation, de minimisation ou de déformation de la vérité historique ». Une fois approuvée par le gouvernement, la résolution sera soumise au vote de la Knesset, le Parlement israélien.
Une reconnaissance réclamée depuis des décennies
Pendant des décennies, la position officielle d'Israël sur le génocide arménien est restée étroitement liée à ses relations stratégiques avec la Turquie, puis avec l'Azerbaïdjan. Malgré cela, un groupe relativement restreint de responsables politiques, d'universitaires et d'intellectuels israéliens soutient depuis longtemps que l'État hébreu a une obligation morale de reconnaître le génocide.
Parmi les principaux défenseurs de cette reconnaissance figure Israel Charny, fondateur de l'Institut sur l'Holocauste et le Génocide à Jérusalem. Celui-ci a longtemps dénoncé la politique officielle israélienne, qu'il considérait comme une forme de négation du génocide.
En 2001, il avait publiquement critiqué le ministre israélien des Affaires étrangères de l'époque, Shimon Peres, après que celui-ci eut qualifié les massacres de 1915 de simples « allégations arméniennes », affirmant qu'ils ne constituaient pas un génocide et ne pouvaient être comparés à la Shoah.
En 2000, l'historien Yair Auron, l'un des principaux spécialistes israéliens de la Shoah et des génocides, publiait The Banality of Denial (« La banalité du déni »), un ouvrage analysant le refus des gouvernements israéliens successifs de reconnaître le génocide arménien afin de préserver leurs relations avec la Turquie. Selon lui, cette politique contredisait l'engagement d'Israël en faveur de la mémoire de la Shoah et de la prévention des génocides.
Les tentatives de faire reconnaître le génocide arménien par la Knesset remontent à plus de vingt ans, le parti de gauche Meretz ayant joué un rôle moteur.
À partir de 2008, son dirigeant de l'époque, Haim Oron, est parvenu pour la première fois à inscrire cette question à l'ordre du jour d'une commission parlementaire. Malgré plusieurs années d'auditions, aucune décision n'avait alors été adoptée.
En 2016, sa successeure à la tête de Meretz, Zehava Galon, relayait les attentes de la communauté arménienne d'Israël en déclarant : « Année après année, nous donnons de faux espoirs à ceux qui se réunissent ici. Il n'est pas digne de la Knesset de débattre chaque année de cette question sans adopter une décision reconnaissant le génocide arménien au nom de l'État d'Israël et de la Knesset. »
La même année, la commission de l'Éducation adopta finalement une déclaration non contraignante reconnaissant le génocide, mais celle-ci ne fut jamais soumise au vote de l'ensemble de la Knesset.
Une reconnaissance utilisée comme levier politique
Depuis le début de la guerre à Gaza en 2023 et les accusations répétées de la Turquie selon lesquelles Israël commettrait un génocide dans l'enclave palestinienne, plusieurs responsables israéliens font davantage référence au génocide arménien dans leurs déclarations publiques afin de répondre aux critiques d'Ankara.
En janvier 2024, après que le président turc Recep Tayyip Erdoğan a annoncé que la Turquie présentait des éléments de preuve en soutien à la plainte déposée par l'Afrique du Sud devant la Cour internationale de Justice (CIJ) contre Israël pour génocide, le ministre israélien des Affaires étrangères de l'époque, Israel Katz, avait accusé la Turquie d'hypocrisie.
Il avait déclaré qu'il s'agissait d'« un pays qui porte dans son histoire le génocide arménien », avant d'ajouter : « Nous nous souvenons des Arméniens, des Kurdes. Votre histoire parle d'elle-même. »
Pour certains Arméniens, ce changement de ton soudain apparaît toutefois profondément cynique.
Setrag Balian, militant arménien de Jérusalem et cofondateur du mouvement SaveTheArQ, qui milite pour la préservation du quartier arménien de Jérusalem, estime qu'Israël instrumentalise aujourd'hui le génocide arménien pour répondre aux accusations turques concernant Gaza.
« Il est écœurant d'utiliser un génocide comme un outil politique, quel que soit le pays qui le fait, qu'il s'agisse d'Israël ou d'un autre », a déclaré Balian. « Imaginez simplement que quelqu'un traite la reconnaissance de la Shoah de cette manière. »
L'an dernier, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait été interrogé par l'animateur du podcast Patrick Bet-David sur l'absence de reconnaissance par Israël des génocides arménien, assyrien et grec (1915-1923).
Netanyahu avait répondu qu'il pensait que la Knesset les avait déjà reconnus. Lorsque son interlocuteur lui fit remarquer qu'aucune reconnaissance officielle n'avait été adoptée, le Premier ministre répondit : « Je viens de le faire, voilà. » Cette réponse de six mots a suscité un débat sur la question de savoir si elle pouvait être considérée comme une reconnaissance officielle de la part de l'État d'Israël.
Nathaniel Trubkin, un Israélien installé en Arménie qui dirige le centre culturel Yerevan Jewish Home, a déclaré à CivilNet que cette reconnaissance constituerait « une occasion pour Israël d'améliorer ses relations avec le monde chrétien, après les attaques répétées contre les chrétiens à Jérusalem par certains juifs ultra-orthodoxes et les récents incidents impliquant des soldats des Forces de défense israéliennes au Liban », notamment la destruction d'une statue de Jésus qui avait suscité une vive indignation internationale.
Si elle est adoptée, la résolution proposée par Gideon Sa'ar constituerait la première reconnaissance officielle du génocide arménien par un gouvernement israélien, mettant fin à des décennies d'hésitations politiques.
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Paul Vartan Sookiasian









