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Le tribunal place la cimenterie de Tsaroukian sous gestion de l'État

Le tribunal place la cimenterie de Tsaroukian sous gestion de l'État

Par Gevorg Tosunyan

Le tribunal anticorruption d'Arménie a ordonné que AraratCement, l'un des plus importants producteurs de ciment du pays, soit placé sous gestion de l'État dans le cadre de la procédure de confiscation de biens d'origine présumée illicite visant l'homme d'affaires et opposant politique emprisonné Gagik Tsaroukian, a annoncé jeudi le Bureau du procureur général.

Cette décision intervient quelques jours seulement après l'arrestation de Tsaroukian pour fraude et blanchiment d'argent, accentuant la pression judiciaire sur l'homme d'affaires depuis son retour sur la scène politique à l'approche des élections législatives du 7 juin.

Selon le Bureau du procureur général, les procureurs ont demandé, le 13 juillet, au tribunal anticorruption d'ordonner une mesure conservatoire consistant à transférer à l'État la gestion et la conservation des actions d'AraratCement pendant l'examen de la procédure principale de confiscation des avoirs.

L'affaire civile est toutefois antérieure à l'arrestation de Tsaroukian. En octobre 2023, le parquet avait engagé une procédure de confiscation de biens d'origine présumée illicite, réclamant la saisie des actions d'AraratCement ainsi que d'un vaste portefeuille d'actifs supposément acquis illégalement.

La demande porte sur 75 biens immobiliers, la valeur marchande de 10 autres propriétés, 42 véhicules, des participations dans 38 entreprises – dont Multi Group Concern, Multi Autotrans et Onira Club – ainsi que 105,9 milliards de drams (environ 286 millions de dollars) d'avoirs présumés illicites, comprenant des liquidités, des dépenses, des prêts et des créances cédées.

Bien que cette procédure soit en cours depuis près de trois ans, la dernière décision de justice place de fait l'une des entreprises phares de Tsaroukian sous administration de l'État jusqu'au jugement définitif de l'affaire.

Une entreprise déjà à l'arrêt

AraratCement a suspendu ses activités le 6 juillet, après des perquisitions menées par les forces de l'ordre dans plusieurs entreprises liées à Gagik Tsaroukian et à des membres de sa famille.

Plus tard dans la journée, Tsaroukian a été arrêté, avant d'être placé en détention provisoire pour une durée de deux mois. Le Comité d'enquête arménien l'accuse d'avoir organisé une fraude et une opération de blanchiment d'argent à très grande échelle. Ses avocats rejettent ces accusations, qu'ils qualifient de politiquement motivées.

Tsaroukian avait fait son retour en politique avant les élections législatives du 7 juin en prenant la tête du parti Arménie prospère (BHK). La formation a échoué de peu à franchir le seuil de 4 % nécessaire pour entrer au Parlement après que la Commission électorale centrale a annulé les résultats de trois bureaux de vote, ramenant son score final à 3,95 %. Le parti conteste ces résultats et dénonce de nombreuses irrégularités électorales.

Deuxième intervention majeure de l'État

Cette décision constitue également la deuxième fois, sous le gouvernement du Premier ministre Nikol Pachinian, que l'État prend le contrôle d'un actif stratégique privé dans le cadre d'une procédure judiciaire visant une figure importante de l'opposition.

En juillet 2025, le Parlement avait adopté une loi permettant au gouvernement de prendre temporairement le contrôle des Réseaux électriques d'Arménie (ENA), unique distributeur d'électricité du pays, après que son propriétaire, le milliardaire Samvel Karapetian, eut publiquement critiqué la campagne menée par le gouvernement contre l'Église apostolique arménienne. Karapetian avait été arrêté quelques jours plus tard pour appel public au renversement de l'ordre constitutionnel, des accusations qu'il conteste.

Le Bureau du procureur général n'a pas établi de lien entre la décision concernant AraratCement et la procédure pénale engagée contre Gagik Tsaroukian. Néanmoins, le placement de la cimenterie sous gestion de l'État intervient seulement quelques jours après son arrestation et les perquisitions visant son empire économique, ce qui en fait le dernier épisode d'une série d'interventions de l'État concernant des actifs appartenant à d'importantes figures de l'opposition.

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