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Bakou centralise le pouvoir au Nakhitchevan: Qu’est-ce qui est en train de changer?

Bakou centralise le pouvoir au Nakhitchevan: Qu’est-ce qui est en train de changer?

Le Nakhitchevan est en train de perdre son autonomie pour passer entièrement sous le contrôle de Bakou. Bien que cette enclave azerbaïdjanaise conserve officiellement son statut de république autonome, elle est, dans les faits, progressivement alignée sur les autres divisions administratives de l’Azerbaïdjan.

Les institutions politiques du Nakhitchevan ne disposent plus d’une véritable autonomie et revêtent désormais un caractère essentiellement symbolique. Le pouvoir est exercé sur place par la Représentation spéciale du président de l’Azerbaïdjan, dirigée par un représentant nommé par Ilham Aliev, qui est devenue la principale autorité politique de la région.

Ces dernières années, Bakou a accordé une attention particulière au Nakhitchevan, qui partage des frontières avec l’Arménie, la Turquie et l’Iran.

Les décrets présidentiels et les initiatives législatives du Milli Mejlis (Parlement azerbaïdjanais) visent à simplifier le statut de la république autonome et à la placer sous l’autorité directe du pouvoir central.

Par des décrets signés le 29 juin dernier, le président Ilham Aliev a encore élargi les compétences de la Représentation spéciale au Nakhitchevan. Cet organe, qui exerce de facto le pouvoir depuis les profondes réformes engagées en 2022, a désormais obtenu officiellement le statut d’organe d’État de première catégorie. Il dispose d’un sceau portant les armoiries de l’État, de biens publics, d’une certaine autonomie financière et d’autres prérogatives administratives.

En outre, cette structure sera chargée de présenter au président des propositions stratégiques concernant la dissolution du Conseil suprême (le Parlement) du Nakhitchevan, la convocation de ses sessions et l’émission de nouvelles directives au Cabinet des ministres.

Ces pouvoirs ne constituent toutefois pas une véritable nouveauté. Ils viennent surtout inscrire dans la loi des décisions déjà prises auparavant par les autorités azerbaïdjanaises, qui avaient profondément modifié le mode de gouvernance du Nakhitchevan et renforcé le rôle du pouvoir central.

Une transformation progressive du système de gouvernance

En juin 2025, le Parlement azerbaïdjanais a adopté une loi constitutionnelle modifiant la Constitution de la République autonome du Nakhitchevan. Ces amendements ont, de fait, vidé de sa substance l’autonomie de la région en supprimant ou en réécrivant plusieurs dispositions essentielles.

Le projet de loi retire notamment du préambule de la Constitution toute référence aux traités de Moscou et de Kars de 1921, qui consacraient le statut autonome du Nakhitchevan. À leur place figurent désormais des dispositions affirmant que le Nakhitchevan est une partie intégrante de l’Azerbaïdjan et que son statut découle exclusivement de la Constitution azerbaïdjanaise.

Le texte reconnaît également officiellement le rôle de la Représentation spéciale, qui devient l’organe exécutif chargé de mettre en œuvre les instructions du président de l’Azerbaïdjan sur le territoire du Nakhitchevan.

Dans le même temps, le président du Conseil suprême perd son statut de plus haute autorité de la république autonome.

Par ailleurs, la nomination des responsables de l’exécutif et le travail des ministres locaux seront désormais directement coordonnés sous le contrôle du président azerbaïdjanais.

Le chef de l’État obtient également de nouveaux pouvoirs concernant la convocation des élections au Conseil suprême, la tenue de ses sessions et même sa dissolution.

Une lutte de pouvoir au Nakhitchevan

La profonde transformation du système politique du Nakhitchevan a débuté à la fin de l’année 2022, lorsque Bakou a écarté du pouvoir Vassif Talibov, qui dirigeait la région depuis 1995, pour y nommer un représentant présidentiel.

Sous le règne de Talibov, de nombreuses institutions de la république autonome ne relevaient de Bakou que de manière formelle, à l’exception des forces armées.

À l’époque, de nombreux observateurs avaient interprété les poursuites engagées contre Talibov et son entourage comme une conséquence de la politique de centralisation menée par Bakou après la seconde guerre du Haut-Karabakh. L’objectif aurait été d’empêcher toute forme d’autonomie politique au sein du pays et de préserver le Nakhitchevan de toute influence extérieure.

Les médias proches du pouvoir et plusieurs experts azerbaïdjanais accusaient également Talibov d’entretenir des relations étroites avec la Russie et l’Iran et d’avoir conclu des accords avec ces deux pays.

La campagne menée contre lui a aussi alimenté les spéculations sur des rivalités entre différentes élites du pouvoir, en particulier autour du « clan du Nakhitchevan ».

Originaire de cette région, Talibov était considéré comme un fidèle allié de l’ancien président Heydar Aliev. C’est dans ce même contexte qu’a été analysée l’éviction de Ramiz Mehdiyev, longtemps chef de l’administration présidentielle, souvent présenté comme « l’éminence grise » du régime, lui aussi issu de ce réseau politique et proche collaborateur de Heydar Aliev. Il est aujourd’hui poursuivi pour haute trahison.

Le poids des traités de Moscou et de Kars

Le statut juridique du Nakhitchevan trouve son origine dans les traités de Moscou et de Kars des années 1920, qui demeurent officiellement en vigueur.

Ces accords plaçaient le Nakhitchevan sous la protection de l’Azerbaïdjan en tant que territoire autonome. Ce n’est qu’en 1924, à la suite de décisions des autorités soviétiques, qu’il obtint le statut de République autonome au sein de la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan.

Les traités de Moscou et de Kars ont également fixé les frontières entre la Turquie kémaliste et la Russie soviétique dans le Caucase du Sud.

Les réformes actuellement engagées au Nakhitchevan créent un nouveau statu quo historique pour cette région. Elles soulèvent des interrogations quant à leur compatibilité avec l’esprit de ces traités ainsi qu’avec les intérêts de la Russie et de la Turquie.

À ce stade, ni Moscou ni Ankara n’ont réagi officiellement — ni même officieusement — à ces évolutions.

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