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La Russie n’est plus qualifiée d’«allié stratégique» dans le nouveau programme du gouvernement arménien

La Russie n’est plus qualifiée d’«allié stratégique» dans le nouveau programme du gouvernement arménien

Par Lia Avagyan

Le nouveau programme du gouvernement arménien pour 2026-2031 rebat sensiblement les cartes de la politique étrangère du pays par rapport au précédent programme quinquennal. L’un des changements les plus frappants concerne la Russie.

Il y a cinq ans, le gouvernement qualifiait les relations avec Moscou d’«alliance stratégique arméno-russe» et s’engageait à renforcer les «relations d’alliance et le partenariat stratégique». Le nouveau programme présente désormais la Russie comme un partenaire avec lequel les relations doivent être transformées et approfondies.

La géographie de la section consacrée à la politique étrangère a également changé. La Russie, premier pays mentionné dans le programme de 2021, arrive désormais en huitième position, après l’Azerbaïdjan, la Turquie, l’Iran, la Géorgie, l’Union européenne, les États-Unis et la France.

Dans le même temps, le Haut-Karabakh, qui constituait l’un des principaux dossiers de politique étrangère dans le programme 2021-2026, a disparu du nouveau document. Le précédent programme consacrait une section entière au conflit et présentait l’Arménie comme garante de la sécurité des Arméniens du Haut-Karabakh.

D’« alliance stratégique » à un partenariat en transformation

Le changement de vocabulaire concernant la Russie est particulièrement marqué.

Le document de 2021 comportait une sous-section distincte intitulée « L’alliance stratégique arméno-russe ». Il indiquait que l’Arménie continuerait de renforcer les capacités de la 102e base militaire russe présente dans le pays. Il soulignait également que des postes militaires russes avaient été établis dans les régions de Goris et de Sisian, dans le sud de l’Arménie, et prévoyait d’élargir la participation des gardes-frontières russes à la protection de la frontière d’État arménienne.

La Russie figurait également en tête de la section consacrée à la politique étrangère. Le gouvernement s’engageait à « continuer de renforcer et d’élargir les relations d’alliance et le partenariat stratégique avec la Russie » dans les domaines politique, militaire, économique, énergétique, des transports, humanitaire et culturel. Il prévoyait aussi d’intensifier le dialogue politique de haut niveau et d’approfondir la coopération dans le cadre de l’Union économique eurasiatique, de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) et de la Communauté des États indépendants.

Le rôle de la Russie en tant que coprésidente du Groupe de Minsk de l’OSCE, chargé de la médiation dans le conflit du Haut-Karabakh, était également cité comme un facteur renforçant l’importance de cette relation.

Le programme 2026-2031 emploie un vocabulaire nettement différent. La section consacrée à Moscou est intitulée « Transformation et approfondissement des relations de partenariat avec la Russie ». Elle prévoit la poursuite d’un dialogue visant une « coopération multisectorielle mutuellement bénéfique ». Le gouvernement évoque également la transformation, le développement et l’approfondissement des relations avec Moscou dans les nouvelles conditions créées par la paix dans la région.

Les expressions « relations d’alliance », « partenariat stratégique » et « alliance stratégique arméno-russe » ne sont désormais plus employées pour qualifier les relations avec Moscou.

Le contraste est d’autant plus notable que le gouvernement continue d’utiliser un vocabulaire stratégique pour d’autres partenaires. Les relations avec l’Iran sont décrites comme étant de nature stratégique, tandis que la Géorgie, l’Union européenne, les États-Unis, la France et la Chine sont évoqués dans le cadre de partenariats stratégiques ou de leur développement futur.

Les voisins d’abord, la Russie en huitième position

L’ordre dans lequel les pays sont présentés constitue un autre indice de l’évolution de la doctrine de politique étrangère du gouvernement, même si cet ordre ne représente pas en soi un classement officiel des priorités.

En 2021, la section consacrée aux relations bilatérales commençait par la Russie, suivie des États-Unis, de la France, puis de l’Union européenne et de ses États membres. Un point distinct consacré à la reconnaissance internationale du génocide arménien était suivi de l’Iran et de la Géorgie. L’Azerbaïdjan et la Turquie apparaissaient plus loin, avant la Chine, l’Inde et le Japon.

Le programme de 2026 commence au contraire par les quatre voisins immédiats de l’Arménie : l’Azerbaïdjan, la Turquie, l’Iran et la Géorgie. Viennent ensuite l’Union européenne, les États-Unis, la France, la Russie, la Chine et l’Inde.

Cette nouvelle structure reflète ce que le gouvernement appelle la « régionalisation », une politique visant à rendre la vie de l’Arménie dans son environnement immédiat, sans soutien extérieur, « non seulement possible, mais aussi confortable » pour le pays. Le programme insiste sur le développement des relations avec les quatre voisins de l’Arménie.

Le changement est particulièrement prononcé concernant l’Azerbaïdjan.

Le programme de 2021 abordait essentiellement l’Azerbaïdjan sous l’angle du conflit du Haut-Karabakh et de l’environnement sécuritaire créé après la guerre de 2020. Il accusait Bakou de ne pas respecter certaines dispositions de la déclaration de cessez-le-feu de novembre 2020 et évoquait les incursions azerbaïdjanaises sur le territoire arménien ainsi que des déclarations contenant des menaces de recours à la force.

Le nouveau programme ouvre au contraire son agenda de politique étrangère bilatérale sur l’institutionnalisation de la paix avec l’Azerbaïdjan. Il prévoit la signature et la ratification d’un accord de paix, la poursuite de la délimitation et de la démarcation de la frontière, le développement des contacts entre les sociétés civiles et les milieux d’affaires, ainsi que la promotion du commerce bilatéral.

La Turquie connaît un repositionnement similaire. Le programme de 2021 insistait sur l’absence de relations diplomatiques, la fermeture de la frontière et ce qu’il qualifiait d’« implication ouverte » de la Turquie dans la guerre de 44 jours, tout en réaffirmant la volonté de l’Arménie de normaliser les relations sans conditions préalables.

Dans le nouveau document, la normalisation avec la Turquie constitue la deuxième priorité de politique étrangère bilatérale, immédiatement après l’Azerbaïdjan.

L’Iran et la Géorgie remontent également au début du programme, devant les principaux partenaires internationaux de l’Arménie.

L’Union européenne, les États-Unis et la France apparaissent ensuite, avant la Russie. Il s’agit là encore d’un contraste significatif avec 2021, lorsque la Russie occupait la première place et que Washington était présenté comme un partenaire avec lequel l’Arménie avait atteint le niveau d’un « dialogue stratégique ».

Le nouveau programme décrit également l’approche de l’Arménie comme une politique étrangère « équilibrée et d’équilibrage », destinée à éviter des asymétries excessives dans les relations extérieures du pays ou à fournir des instruments permettant de les contrebalancer.

Pris ensemble, l’ordre et la terminologie employés suggèrent donc un nouveau principe directeur : les voisins immédiats d’abord, puis les principaux partenaires occidentaux, tandis que la Russie s’inscrit désormais dans un ensemble de relations plus large et plus diversifié.

L’OTSC disparaît de l’agenda de politique étrangère

L’évolution de l’approche de l’Arménie envers la Russie apparaît également dans le traitement réservé à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC).

L’organisation de sécurité dirigée par la Russie occupait une place importante dans le programme de 2021. Le chapitre consacré à la sécurité comportait une sous-section distincte sur l’adhésion de l’Arménie à l’OTSC, avec l’engagement d’y participer activement et d’œuvrer à l’amélioration des mécanismes de sécurité collective de l’organisation.

La section consacrée à la politique étrangère allait plus loin encore, qualifiant l’OTSC de « maillon essentiel » du système de sécurité de l’Arménie.

L’organisation est désormais absente de la liste des plateformes multilatérales de politique étrangère figurant dans le nouveau programme. L’Arménie a gelé sa participation à l’OTSC en février 2024.

Le nouveau document mentionne à la place la coopération dans le cadre des Nations unies, du Conseil de l’Europe, de l’OSCE, de la CEI, de l’Organisation internationale de la Francophonie et de la Communauté politique européenne. Il indique également que l’Arménie œuvrera en vue d’une adhésion à l’Organisation de coopération de Shanghai.

L’Union économique eurasiatique reste toutefois un axe politique distinct. Le gouvernement s’engage à poursuivre ses efforts afin de garantir la libre circulation de la main-d’œuvre, des services, des marchandises et des capitaux au sein de l’organisation.

Cette distinction témoigne d’une évolution plus nuancée des relations avec Moscou : les liens économiques et institutionnels restent partie intégrante de la politique étrangère arménienne, tandis que le cadre sécuritaire centré sur la Russie, qui occupait une place majeure dans le programme de 2021, a largement disparu.

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