Par Geghetsik Voskanyan
L’Arménie pourrait réduire les factures énergétiques des ménages, préserver les moyens de subsistance des populations rurales et créer des emplois en investissant dans des logements économes en énergie, une meilleure gestion de l’eau et la modernisation de son réseau électrique. C’est ce qu’a déclaré à CivilNet Valerie Hickey, directrice du département Environnement du Groupe de la Banque mondiale.
À l’approche de la conférence des Nations unies sur la biodiversité, qui se tiendra à Erevan, Valerie Hickey a souligné que la protection de l’environnement était essentielle à la croissance économique d’un pays dont l’agriculture et le tourisme dépendent de la préservation des paysages naturels et d'un approvisionnement fiable en eau.
« La nature est un moteur de création d’emplois et de croissance du PIB », a-t-elle affirmé lors de cet entretien.
Du 19 au 30 octobre, l’Arménie accueillera la COP17, la 17e Conférence des parties à la Convention des Nations unies sur la diversité biologique. Cet événement place la biodiversité au cœur des priorités nationales, tout en soulevant la question du financement de la transition écologique du pays.
Selon les estimations de la Banque mondiale, l’Arménie devra investir environ 8 milliards de dollars entre 2025 et 2060 pour s’engager sur une trajectoire de développement résiliente et à faibles émissions de carbone. Valerie Hickey estime toutefois qu’il serait erroné de considérer cette somme avant tout comme une charge financière.
« Investir dans une économie verte n’est pas une dépense. C’est véritablement un investissement », a-t-elle expliqué. « C’est quelque chose qui profitera aux finances publiques, aux dépenses des ménages, aux entreprises et à leur rentabilité, ainsi qu’à la planète. »
Concrètement, cette transition passerait notamment par une meilleure gestion de l’eau dans le secteur agricole, le développement des transports électriques par les pouvoirs publics et les entreprises, ainsi que l’émergence de nouvelles activités économiques, comme les infrastructures de recharge pour véhicules électriques.
En Arménie, la valeur économique de la nature dépasse largement la seule question de sa préservation. Les paysages attirent les touristes et les incitent à prolonger leur séjour, tandis que les ressources en eau sont indispensables à l’horticulture, à l’élevage et à certaines industries, notamment la production de brandy.
« Sans l’eau, qui constitue une infrastructure naturelle, ces emplois n’existeraient tout simplement pas », a souligné Valerie Hickey.
Interrogée sur les deux investissements écologiques susceptibles de produire des retombées économiques mesurables au cours des dix prochaines années, elle a cité en priorité l’efficacité énergétique des logements et les infrastructures hydrauliques.
Selon elle, le secteur résidentiel représente près d’un tiers de la consommation énergétique de l’Arménie. Une meilleure isolation des bâtiments, des systèmes modernes de chauffage et de climatisation, ainsi que l’accès à l’énergie solaire et aux solutions de stockage permettraient de réduire les factures, tout en stimulant la demande de nouveaux équipements et de main-d’œuvre qualifiée.
La certification énergétique des bâtiments pourrait également aider les banques à identifier les logements dont les coûts de fonctionnement sont moins élevés et ainsi favoriser le financement d’habitations plus économes en énergie.
« Les familles pourraient utiliser l’argent économisé pour investir dans leurs propres activités, dans l’éducation ou dans d’autres domaines », a expliqué Valerie Hickey, évoquant les économies réalisées sur les dépenses de chauffage et de climatisation.
Le lien entre l’accès à une énergie abordable et la protection de l’environnement est particulièrement important dans les régions rurales d’Arménie, où le recours au bois de chauffage exerce une pression sur les forêts. Des solutions de chauffage moins coûteuses et des logements mieux isolés permettraient à la fois de répondre aux besoins des ménages et de limiter la dégradation des espaces forestiers.
Concernant l’eau, Valerie Hickey estime que les investissements doivent également porter sur la protection des écosystèmes qui contribuent à réguler les ressources hydriques. Les forêts jouent notamment un rôle essentiel dans le stockage et la purification de l’eau, au bénéfice de l’agriculture, du tourisme et de l’industrie.
Le développement rapide de l’énergie solaire en Arménie représente une autre opportunité économique. Mais l’installation de panneaux photovoltaïques ne constitue, selon elle, que la première étape de cette transition.
Alors que le gaz naturel importé représente près de 63 % du bouquet énergétique arménien, les fluctuations des prix sur les marchés internationaux peuvent entraîner une hausse des factures des ménages et réduire les marges bénéficiaires des entreprises.
Pour tirer pleinement parti de sa production solaire, l’Arménie doit donc renforcer ses réseaux de transport et de distribution d’électricité afin qu’ils puissent gérer une production variable, dépendante notamment des conditions météorologiques.
Selon Valerie Hickey, ces investissements permettraient aux entreprises déjà présentes en Arménie de mieux résister aux pressions climatiques, tout en donnant au pays les moyens de se positionner sur de nouveaux marchés.
« Il s’agit véritablement d’investir pour permettre aux entreprises arméniennes de continuer à se développer et de renforcer leur résilience face aux effets néfastes du changement climatique », a-t-elle conclu.












