Ruben Vardanyan critique Pashinyan et appelle les Arméniens à rejeter un défilé militaire “immoral”

Par Siranush Adamyan
Traduit par Ani Paitjan
L’ancien ministre d’État d’Artsakh et philanthrope Ruben Vardanyan a diffusé un message audio au ton particulièrement critique depuis une prison de Bakou, visant le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan et avertissant que l’Arménie risque de devenir “un vilayet turc” si elle ne change pas de cap.
Dans ce message, publié le 25 mai à l’occasion de son anniversaire, l’ancien chef du gouvernement d’Artsakh compare Pashinyan à Nazar le Brave — personnage du folklore arménien, lâche mais chanceux, qui devient par hasard héros et roi malgré l’absence de courage ou de mérite — et l’accuse de plagiat, de malhonnêteté et de faillite morale.
“C’est le peuple qui choisit Nazar le Brave comme roi ; il ne devient pas roi par lui-même”, a déclaré Vardanyan, ajoutant que les Arméniens “ne doivent pas l’oublier”.
S’adressant directement au Premier ministre arménien en le qualifiant de “cher “Nazar le Brave” Nikol”, Vardanyan affirme n’avoir trouvé que deux livres en langue arménienne dans la bibliothèque de la prison durant sa détention à Bakou — l’un de l’écrivain Vardges Petrosyan, l’autre signé Pashinyan.
“Après avoir lu votre livre, je suis convaincu que vous avez non seulement de sérieux problèmes en matière de morale et d’éthique, d’éducation et d’autres domaines, mais qu’en plus vous êtes un menteur, un fantasque et un plagiaire”, a-t-il déclaré. “En tant que journaliste, vous devriez savoir qu’il ne faut pas s’approprier le bien d’autrui — la propriété intellectuelle, les livres. Mais vous l’avez fait calmement, et plus d’une fois.”
Vardanyan a également eu recours à une métaphore tirée des croyances indiennes sur la réincarnation, affirmant que “la plus grande punition” pour une personne pécheresse est de renaître en ver de terre pendant 84 000 ans. “Je crains que ce soit le châtiment qui vous attend”, a-t-il ajouté en s’adressant à Pashinyan.
L’ancien ministre d’État d’Artsakh estime par ailleurs que l’Arménie fait face à une menace géopolitique existentielle, affirmant que le conflit autour de l’Artsakh n’est pas terminé mais qu’il s’est transformé.
“Ce n’est pas une question d’élections. C’est une question de fait : la guerre n’est pas terminée”, a-t-il déclaré. “La guerre continue non pas sous forme d’actions militaires, mais sous d’autres formes.”
Selon Vardanyan, l’Arménie risque de devenir dépendante d’une « troisième force », tout en étant tiraillée entre la Russie et l’Union européenne. “Cette troisième force n’attend que le moment où nous deviendrons totalement dépendants d’elle — économiquement, financièrement, informationnellement, technologiquement, à tous les niveaux — pour faire de nous un vilayet de la Turquie et de l’Azerbaïdjan”, a-t-il affirmé. “Si nous ne changeons pas de comportement, ni la Russie ni l’Union européenne ne nous attendent. Ce qui nous attend, c’est de devenir un vilayet turc.”
Vardanyan a également condamné le défilé militaire prévu à Erevan le 28 mai, jour de la fête de la République d’Arménie, le qualifiant d’ “immoral” alors que des prisonniers arméniens sont toujours détenus en Azerbaïdjan. “Une armée ne se construit pas avec des défilés, de l’argent, des armes ou des grades. Elle se construit avant tout sur l’esprit — un esprit moral et patriotique”, a-t-il déclaré, appelant les Arméniens à ne pas participer au défilé.
Il a en outre critiqué les autorités arméniennes pour leur incapacité à soutenir les détenus arméniens à Bakou. “Je considère comme immoral que nos garçons soient ici depuis six ans sans avoir la possibilité de recevoir des photos, des lettres ou des vêtements de leurs proches”, a-t-il déclaré, ajoutant que “le commandant en chef vaincu ne fait rien pour que ces personnes sentent au moins qu’un État se tient derrière elles”.
Dans la dernière partie de son message, Vardanyan a mis en garde contre l’apathie de la société.
“Le plus grand danger, c’est l’indifférence”, a-t-il affirmé. “Le contraire de l’amour, ce n’est pas la haine, mais l’indifférence. Le contraire du bien, ce n’est pas le mal, mais l’indifférence.”
Vardanyan, arrêté par l’Azerbaïdjan à la suite de l’exode et du nettoyage ethnique des Arméniens d’Artsakh en septembre 2023, est actuellement jugé à Bakou aux côtés de plusieurs anciens responsables d’Artsakh. Les autorités azerbaïdjanaises reconnaissent officiellement détenir 19 ressortissants arméniens.
Lieu
Personne
Disponible en
english










