La mairie d’Erevan justifie le licenciement de la médecin qui s’était opposée à Pachinian pendant la campagne électorale

Par Ani Paitjan
Deux mois après un échange particulièrement tendu avec le Premier ministre Nikol Pachinian en pleine campagne des élections municipales, la mairie d’Erevan assure que le licenciement de la médecin Arpine Soghoyan n’a aucun lien avec ses prises de position politiques.
Une altercation devenue virale
Le 18 mai, lors d’un déplacement électoral dans le district d’Arabkir, Arpine Soghoyan s’était approchée de Nikol Pachinian pour l'interpeller publiquement. La médecin, dont le frère Hrant Papikyan est porté disparu depuis la guerre de 44 jours de 2020, avait accusé le chef du gouvernement d’être responsable des lourdes pertes humaines et d’avoir « volé la patrie ».
« Vous avez volé ma patrie, vous avez détruit toute une jeune génération. Vous avez volé mon frère, ma joie. Vous avez essayé de nous mettre à genoux, mais nous ne nous sommes pas agenouillés », lui avait-elle lancé.
La scène, filmée et largement relayée sur les réseaux sociaux, avait rapidement fait le tour du pays. Nikol Pachinian avait alors perdu son sang-froid. Bien que la médecin n'ait jamais évoqué l'ancien président Robert Kotcharian, le Premier ministre avait répondu :
« Si vous êtes Rob (NDLR : Robert Kotcharian), je vais vous mettre à genoux. Il y a tous ces gens masqués derrière un accent du Karabakh qui diffusent des vidéos. C’est vous les lâches qui avez fui, enlevez vos masques ! Bande de vauriens, bande de fuyards, vous qui avez laissé nos enfants seuls face à l’ennemi. Les gamins de Rob, les gamins de Serj, les gamins de Gago. »
À la suite de cet incident, des rumeurs avaient rapidement circulé selon lesquelles Arpine Soghoyan risquait de perdre son emploi. Interrogé à l'époque par News.am, le maire d’Erevan, Tigran Avinian, avait assuré qu'« aucune personne ne serait licenciée en raison de ses opinions politiques ».
L'annonce du licenciement
Pourtant, le 13 juillet, la fille de la médecin, Tatevik Soghoyan, a annoncé sur Facebook que sa mère avait été licenciée après 21 années de service au sein d'une polyclinique municipale.
« Après 21 années de service irréprochable dans une polyclinique d’Erevan, il a été décidé de licencier ma mère au motif d’une suppression de poste », a-t-elle écrit.
Elle a également mis en doute les explications avancées par les autorités : « Bien sûr, l’explication officielle selon laquelle il n’y aurait pas d’argent paraît encore plus ridicule lorsqu’on la compare aux milliards de drams que la municipalité dépense pour des festivités. »
La mairie invoque une restructuration
Face aux interrogations suscitées par cette décision, CivilNet a demandé des explications à la mairie d’Erevan.
Dans sa réponse, la municipalité affirme que le licenciement d'Arpine Soghoyan s'inscrit dans une réorganisation plus large du système de santé, engagée après l'introduction de l'assurance maladie obligatoire. Selon la mairie, cette réforme a entraîné une réduction des effectifs dans les établissements de santé placés sous son autorité, notamment parmi les gynécologues.
« Le maintien de postes supplémentaires engendre une charge financière additionnelle, notamment pour les fonctions de chef de service, qui ne font pas l’objet d’une compensation financière », indique la mairie, précisant que ce processus de restructuration est en cours depuis janvier.
La municipalité ajoute que les directeurs adjoints chargés des affaires médicales sont désormais en mesure d'assurer l'ensemble des missions liées au suivi des patients, rendant certains postes de direction superflus.
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