Par Ani Paitjan
Le Kremlin ne cherche plus à écarter publiquement l’hypothèse d’un départ de l’Arménie de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). Alors qu’Erevan a gelé depuis plusieurs années sa participation à l’alliance militaire dominée par Moscou, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que l’Arménie était libre de la quitter si elle estimait que l’organisation ne répondait plus à ses intérêts.
« Si Erevan, au regard de ses intérêts nationaux, estime ne plus avoir besoin d’être membre de cette organisation si importante pour assurer la sécurité régionale, il est libre de prendre la décision correspondante et de quitter l’organisation », a déclaré Peskov, en réponse à une question de Zvezdanews.
Cette déclaration intervient alors que le Premier ministre Nikol Pashinyan a confirmé, lundi 24 août devant l’Assemblée nationale, que son gouvernement n’avait aucun projet de réactiver la participation arménienne à l’OTSC au cours des cinq prochaines années.
Une alliance militaire déjà gelée dans les faits
L’Arménie reste juridiquement membre de l’OTSC, qui réunit également la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Mais sa participation est gelée dans les faits depuis 2024. Erevan ne participe plus aux réunions de haut niveau de l’organisation et n’y dispose plus de représentant permanent depuis septembre 2023.
Cette rupture progressive trouve principalement son origine dans les affrontements frontaliers avec l’Azerbaïdjan en 2021 et surtout en septembre 2022. Erevan avait alors demandé l’assistance de l’OTSC après des attaques azerbaïdjanaises sur le territoire souverain de l’Arménie.
Pour le gouvernement arménien, l’alliance n’a pas apporté la réponse qu’impliquaient ses engagements de défense collective. Pashinyan a depuis répété que l’OTSC avait refusé de prendre des mesures concrètes malgré la demande officielle d’Erevan. C’est cette absence de réaction que le Premier ministre présente comme la principale raison du gel de la participation arménienne.
La crise s’est encore approfondie après l’offensive azerbaïdjanaise de septembre 2023 au Haut-Karabakh et l’exode de sa population arménienne. Erevan a vivement critiqué l’inaction des forces russes de maintien de la paix déployées dans la région depuis la guerre de 2020.
Pashinyan ne prévoit aucun retour dans les cinq prochaines années
La position exprimée lundi par Nikol Pashinyan semble éloigner davantage encore la perspective d’une réconciliation avec l’OTSC.
Répondant à une question d’un député sur le programme gouvernemental 2026-2031, le Premier ministre a déclaré que l’Arménie n’avait, pour les cinq prochaines années, aucun projet visant à intensifier ses activités au sein de l’organisation ou à reprendre sa participation à ses travaux.
Cette position prolonge une politique engagée depuis plusieurs années. Dès février 2024, Pashinyan avait annoncé que l’Arménie avait « gelé » sa participation, estimant que l’organisation n’avait pas rempli ses obligations envers le pays en 2021 et 2022.
En avril 2026, lors d’une rencontre avec Vladimir Poutine, le Premier ministre arménien avait encore directement soulevé la question. Il avait expliqué que son gouvernement était incapable de justifier auprès de la population pourquoi l’OTSC n’avait pas réagi en 2022 malgré les obligations prévues par le traité.
Moscou et Erevan, des alliés de plus en plus distants
Le différend autour de l’OTSC s’inscrit dans une détérioration beaucoup plus large des relations arméno-russes.
Pendant des décennies, la Russie a constitué le principal partenaire militaire de l’Arménie. Mais Erevan cherche désormais à diversifier ses partenariats de sécurité et a renforcé ces dernières années ses relations avec plusieurs pays occidentaux. Ce rapprochement a suscité à plusieurs reprises les critiques de Moscou, notamment concernant la coopération de l’Arménie avec les États-Unis et l’OTAN.
Les échanges entre les deux gouvernements ont parfois pris un ton particulièrement tendu. En mars 2024, le ministère russe des Affaires étrangères avait ainsi dénoncé ce qu’il qualifiait de « rhétorique insultante » et d’« ultimatums » de la part des dirigeants arméniens concernant l’OTSC.
Malgré ce refroidissement, l’Arménie n’a jusqu’à présent pas formellement quitté l’alliance. Elle se trouve donc dans une situation intermédiaire : toujours membre sur le papier, mais absente de ses activités.
L’Union européenne en toile de fond
Les déclarations de Peskov interviennent également au moment où Erevan envisage une nouvelle étape dans son rapprochement avec l’Union européenne.
Nikol Pashinyan a annoncé lundi que l’Arménie entamerait prochainement le processus visant à déposer une demande officielle d’adhésion à l’UE.
Interrogé sur cette perspective, le porte-parole du Kremlin a répondu en faisant référence à la lenteur du processus d’élargissement européen. Il a conseillé à Erevan de « se souvenir de l’expérience de la Turquie et de plusieurs autres pays, dont les demandes ont été déposées il y a déjà plusieurs décennies ».
Deux dossiers différents, mais qui illustrent une même évolution : cinq ans après le début de la crise entre Erevan et l’OTSC, la question semble désormais moins être de savoir si l’Arménie reprendra sa place au sein de l’alliance que de savoir combien de temps elle restera encore officiellement membre.












