Passeports biométriques : l’Arménie lancera son nouveau système le 1er novembre

Par Ani Paitjan
À partir du 1er novembre, les Arméniens pourront demander les nouveaux passeports biométriques et cartes d’identité. Au-delà du changement de documents, le gouvernement promet une réforme beaucoup plus large : moins de démarches administratives, la disparition progressive des certificats papier et une base de données unique pour les services publics. Le projet constitue également une étape importante sur la voie de la libéralisation des visas avec l’Union européenne.
Fini, à terme, les déplacements d’une administration à l’autre pour obtenir une attestation ou faire corriger une information personnelle. C’est du moins l’objectif affiché par le ministère arménien de l’Intérieur avec le lancement, le 1er novembre, du nouveau système de documents biométriques.
« À partir du 1er novembre, les bureaux seront prêts à accueillir nos citoyens, qui pourront librement déposer une demande aussi bien pour un passeport biométrique que pour une carte d’identité », a annoncé à CivilNet la ministre de l’Intérieur, Arpine Sargsyan.
Cette échéance était attendue depuis plusieurs mois. Au printemps, les autorités avaient présenté le nouveau passeport et indiqué que sa conception était achevée, avec un lancement prévu à l’automne 2026.
Mais derrière le nouveau document se joue un chantier beaucoup plus vaste : celui de la modernisation des bases de données de l’État et de leur interconnexion.
Une seule base de données pour les administrations
Le nouveau système biométrique sera directement relié au registre national de la population. Celui-ci doit devenir la source de référence utilisée par les administrations publiques, mais aussi par les acteurs privés autorisés à accéder à certaines informations.
Aujourd’hui, une modification ou une erreur dans les données d’un citoyen peut encore l’obliger à multiplier les démarches auprès de différentes institutions. Le gouvernement veut mettre fin à ce fonctionnement en permettant aux différents services de consulter, en temps réel, les mêmes informations vérifiées.
« Le registre national de la population sera l’unique base de données fiable en République d’Arménie », résume Arpine Sargsyan.
Avant le lancement, les autorités procèdent donc à un important travail de nettoyage et de migration des données vers les nouveaux serveurs.
« Nous nettoyons nos systèmes afin que [...] la migration des données soit suffisamment précise pour que les citoyens ne rencontrent aucun problème dans les bureaux de services lorsque le partenaire privé entrera sur le marché », explique la ministre.
Un nouveau centre de données répondant aux normes internationales est également en cours de création. Selon Arpine Sargsyan, il doit garantir une protection renforcée des données personnelles et réduire les risques de falsification ou de vol d’identité.
La fin des attestations à répétition ?
Pour les citoyens, l’un des changements les plus visibles pourrait surtout être la disparition de nombreuses attestations administratives.
Une fois les différentes bases de données connectées, l’administration ne devrait plus demander aux citoyens de fournir des informations qu’un autre service de l’État possède déjà.
La ministre cite notamment les attestations d’enregistrement du domicile, dont l'obtention constitue encore une démarche administrative distincte.
« Nous allons définitivement mettre fin à ces innombrables certificats, ainsi qu’à cette pratique malsaine qui consiste à vendre au citoyen ses propres données », affirme-t-elle.
L’ambition est donc de passer d’un système où le citoyen doit lui-même transporter ses informations d’une administration à l’autre à un modèle où les institutions les échangent directement à partir d’une source officielle unique.
Une étape importante vers la libéralisation des visas avec l’UE
La réforme dépasse toutefois largement la question de la bureaucratie. Les documents biométriques constituent également l’un des éléments du processus de libéralisation des visas engagé entre l’Arménie et l’Union européenne.
Le dialogue a officiellement été lancé en septembre 2024. En novembre 2025, Bruxelles a remis à Erevan son Plan d’action pour la libéralisation des visas, qui comprend 74 critères répartis dans plusieurs domaines : sécurité des documents, gestion des frontières et des migrations, ordre et sécurité publics ou encore droits fondamentaux.
L’Arménie est actuellement le seul pays à avoir un dialogue actif de libéralisation des visas avec l’UE. Les deux parties ont encore souligné, lors du sommet UE-Arménie de mai 2026, les progrès réalisés dans ce processus.
La mise en circulation de passeports biométriques sécurisés est l’une des réformes attendues par Bruxelles. Elle ne signifie toutefois pas que les Arméniens pourront voyager sans visa dans l’Union européenne dès novembre. Pour arriver à cette étape, Erevan devra remplir l’ensemble des critères prévus par le plan d’action, avant une évaluation puis une éventuelle décision européenne.
Si le processus aboutit, les citoyens arméniens munis d’un passeport biométrique pourraient alors bénéficier de voyages sans visa pour des séjours de courte durée, jusqu’à 90 jours sur une période de 180 jours.
Pour Arpine Sargsyan, qui est également la principale négociatrice arménienne sur ce dossier, les premiers retours européens sont encourageants. Selon elle, les partenaires européens estiment que l’Arménie avance à un « rythme soutenu », notamment dans la mise en place du système biométrique et dans la gestion intégrée des frontières.
À partir du 1er novembre, la réforme entrera donc dans sa phase la plus visible : celle où les nouveaux documents commenceront à arriver entre les mains des citoyens.











