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La Banque mondiale prévoit une croissance soutenue en Arménie, mais met en garde contre les vulnérabilités économiques

La Banque mondiale prévoit une croissance soutenue en Arménie, mais met en garde contre les vulnérabilités économiques

L’économie arménienne devrait connaître une croissance soutenue au cours des trois prochaines années. Pourtant, quatre Arméniens sur dix restent à un choc économique près de basculer dans la pauvreté, a averti Fabrizio Zarcone, responsable du bureau de la Banque mondiale en Arménie.

La Banque mondiale prévoit une croissance de 5,6 % de l’économie arménienne en 2026, suivie d’un ralentissement à 5,3 % en 2027, puis à 5,1 % en 2028. Dans un entretien accordé à CivilNet, publié le 21 octobre, Fabrizio Zarcone a rappelé qu’en juin, l’institution tablait encore sur une croissance de 5,3 % pour 2026.

« J’aimerais que beaucoup d’autres pays affichent un tel taux de croissance », a-t-il déclaré. Il attribue en partie le ralentissement progressif attendu au contexte géopolitique actuel. Mais il prévient que les chiffres du PIB ne suffisent pas à rendre compte des conditions de vie des Arméniens.

« Il faut mesurer la pauvreté », a-t-il insisté.

La pauvreté, particulièrement présente en dehors d’Erevan

Selon Fabrizio Zarcone, la pauvreté touche particulièrement les régions, notamment les populations travaillant dans l’agriculture, où une personne sur trois vit sous le seuil de pauvreté.

Il souligne également que quatre Arméniens sur dix vivent dans une situation de vulnérabilité économique. Pour ces ménages, une maladie ou la perte d’un emploi peut suffire à les faire immédiatement basculer, ou replonger, dans la pauvreté.

La Banque mondiale travaille avec le Comité statistique arménien sur une enquête intégrée auprès des ménages. Ces données permettent à l’institution de comparer les conditions de vie des familles rurales et urbaines, mais aussi d'analyser les inégalités entre les hommes et les femmes.

Fabrizio Zarcone a également attiré l’attention sur la précarité énergétique, qui consiste notamment à déterminer si les ménages disposent de moyens suffisants pour chauffer correctement leur logement en hiver. Selon lui, les résultats obtenus dans certaines régions ont été surprenants.

La prochaine évaluation de la pauvreté et de l’équité réalisée par la Banque mondiale examinera plus en détail les secteurs de l’énergie, de la santé et de l’éducation. Fabrizio Zarcone a précisé que le rapport serait rendu public en collaboration avec la société civile.

La réforme de la santé, une étape majeure

Parmi les transformations actuellement engagées en Arménie, Fabrizio Zarcone a particulièrement insisté sur la réforme visant à instaurer un système de couverture santé universelle, soutenue par la Banque mondiale.

« C’est une étape majeure pour l’Arménie », a-t-il déclaré.

Selon lui, cette réforme pourrait contribuer à faire passer le pays du statut d’économie à revenu intermédiaire de la tranche supérieure à celui d’économie à revenu élevé. Pour en mesurer les effets, la Banque mondiale suit notamment l’évolution des dépenses de santé directement supportées par les ménages.

L’institution finance également des infrastructures dans les secteurs de l’électricité et de l’eau. Ces investissements comprennent des sous-stations électriques et des lignes de transport d’électricité, en partenariat avec la société arménienne High Voltage Electric Networks, ainsi que des installations destinées à améliorer l’irrigation et l’approvisionnement en eau des ménages.

Attirer davantage d’investissements privés

Fabrizio Zarcone a indiqué que le Groupe de la Banque mondiale avait accompagné l’Arménie dans l’élaboration d’une nouvelle loi sur les investissements, destinée à remplacer une législation vieillissante et à attirer davantage d’investissements directs étrangers.

Dans le secteur énergétique, la branche du Groupe de la Banque mondiale chargée du secteur public a préparé le projet de centrale solaire Masrik-1, avant que la Société financière internationale (IFC), spécialisée dans le secteur privé, ne contribue à mobiliser des investissements privés.

L’IFC a également accordé, par l’intermédiaire d’Ameriabank, une ligne de crédit d’environ 200 millions de dollars destinée aux petites entreprises. La moitié de cette somme a été consacrée au financement climatique.

La Banque mondiale étudie désormais la possibilité d’étendre ce type de financement aux ménages, notamment pour les travaux d’efficacité énergétique, l’installation de panneaux solaires et, éventuellement, l’acquisition de systèmes de stockage d’électricité par batteries.

Selon Fabrizio Zarcone, des modifications législatives relativement modestes, comme l’adoption de règles de tarification pour le stockage de l’électricité par batteries, pourraient ouvrir la voie à des investissements privés beaucoup plus importants dans la transition énergétique.

La biodiversité, un enjeu aussi économique

L’Arménie accueille à Erevan, du 19 au 30 octobre, la COP17, la 17e Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la diversité biologique. Pour Fabrizio Zarcone, la protection de la nature doit être considérée comme une composante à part entière de la politique économique.

« La biodiversité, en particulier pour un pays comme l’Arménie, est une question d’identité, une question de patrimoine culturel. Mais nous ferions erreur si nous la considérions uniquement sous cet angle », a-t-il déclaré.

Il cite notamment l’exemple de l’agriculture. Une réduction de l’utilisation des pesticides pourrait permettre aux sols de se régénérer progressivement et d’améliorer les rendements agricoles, évitant ainsi aux agriculteurs de devoir abandonner des terres devenues trop appauvries.

Son principal message à l’occasion de la COP17 s’adresse au secteur privé.

Les gouvernements, les institutions financières internationales et la société civile peuvent apporter leur soutien, explique-t-il, mais ce sont les entreprises qui créent les richesses et les emplois.

Fabrizio Zarcone appelle ainsi les petites entreprises comme les grandes multinationales à intégrer les enjeux de biodiversité dans leurs décisions d’investissement.

La Banque mondiale figure depuis plus de trois décennies parmi les principaux partenaires de développement de l’Arménie.

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