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Arménie: le vide en campagne et la diaspora absente des programmes préélectoraux

Arménie: le vide en campagne et la diaspora absente des programmes préélectoraux

Il y a des campagnes électorales qui élèvent un peuple. Il y en a d'autres qui le rabaissent. Celle qui se déroule en ce moment en Arménie appartient résolument à la seconde catégorie. À quelques jours du scrutin du 7 juin, ce qui frappe avant tout, c'est l'abîme entre la gravité de la situation et la médiocrité de ceux qui prétendent y répondre.

D'un côté, Nikol Pachinian et son art consommé du mensonge politique. Non pas le mensonge grossier, facilement démasqué, mais celui, bien plus pernicieux, qui consiste à offrir des réponses conjoncturelles à des problèmes structurels. Promettre, relativiser, esquiver. Sa vie privée, désormais objet de commentaires publics, éclaboussе une fonction qu'il a lui-même contribué à désacraliser. Son agressivité tribunitienne, ses colères de plateau, ses attaques ad hominem ne sont plus des dérapages: elles sont une méthode. Mais c'est sans doute dans l'instrumentalisation de la peur que ce Premier ministre révèle le plus crûment sa nature. Laisser entendre qu'une défaite électorale ouvrirait la voie à la guerre — c'est-à-dire tenir le peuple en otage de sa propre survie politique — constitue une manipulation d'une bassesse rarissime même dans les démocraties les plus fragiles. Quant aux provocations anti-russes répétées, elles peuvent flatter certaines galeries occidentales, mais elles font peser sur la population arménienne des risques dont Pachinian, lui, ne subira jamais personnellement les conséquences.

De l'autre côté, les «anciens» et l'opposition dite patriotique. On les attendait à la hauteur des circonstances. On les retrouve tels qu'en eux-mêmes. Incapables de transcender leurs ego blessés, leurs rivalités de chapelle, leurs rancœurs accumulées, ils n'ont toujours pas su former ce gouvernement d'union nationale que la situation appelait pourtant avec une urgence criante. Aucune liste commune, aucun programme fédérateur, aucune architecture politique cohérente. Face à un pouvoir qui concentre, ils continuent de disperser.

Et pourtant, les dossiers ne manquent pas. Ils appellent des réponses concrètes, courageuses, pensées sur le long terme. La réforme de l'armée et de l'appareil de défense — une priorité existentielle après les traumatismes de 2020 et 2023 — demeure un angle mort de cette campagne. La sécurité physique des citoyens, la sécurité sociale, la sécurité agroalimentaire d'un pays enclavé et sous pression : autant de questions que nul ne semble disposé à traiter autrement qu'en slogans. La diversification des alliances et des partenariats économiques — nécessité réelle — ne peut se réduire à un choix binaire entre Moscou, Bruxelles et Washington, entre une soumission et une autre. Ce n'est pas de la géopolitique, c'est du suivisme. Et que dire du déclin démographique, cette hémorragie silencieuse qui vide l'Arménie de sa substance humaine? Là encore, le silence des états-majors est assourdissant.

Enfin — et c'est une constante qui n'étonne plus mais continue de blesser — la diaspora n'existe pas. Pas dans cette campagne. Pas dans ces discours. Pas dans ces programmes. Les millions d'Arméniens dispersés à travers le monde, avec leur capital humain, culturel, spirituel, économique, leur réseau, leur mémoire, leur engagement: néant. Que l'Arménie soit réelle ou imaginaire pour ses dirigeants, qu'elle soit une nation-monde ou un simple État-territoire, la question ne leur effleure pas l'esprit. La diaspora vote avec ses pieds depuis des générations. Ses élites, ses entrepreneurs, ses intellectuels attendaient un signe. Ils recevront, comme à chaque fois, un silence poli. Ou plutôt, un aveu. L'aveu que la classe politique arménienne, dans sa grande majorité, n'a pas encore compris que gouverner un petit pays sans profondeur stratégique, encerclé de voisins hostiles ou indifférents, requiert une qualité rare: l'intelligence de la vulnérabilité. Savoir ce que l'on est, ce que l'on a, et construire avec lucidité plutôt que de jouer à être ce que l'on n'est pas. Le 7 juin, les Arméniens d'Arménie voteront. Les Arméniens du monde, eux, regarderont. Et beaucoup, une fois encore, se demanderont pourquoi.

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