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Citoyenneté arménienne: les autorités envisagent de confier à une commission d’État, plutôt qu’aux Églises, la vérification de l’origine arménienne

Citoyenneté arménienne: les autorités envisagent de confier à une commission d’État, plutôt qu’aux Églises, la vérification de l’origine arménienne

Par Siranush Adamyan

L’Arménie envisage de confier à un organisme public la vérification de l’origine ethnique arménienne des personnes demandant la citoyenneté. Cette réforme permettrait de ne plus dépendre des certificats de baptême délivrés par les Églises, a indiqué le haut-commissaire aux affaires de la diaspora, Zareh Sinanyan.

Dans une interview accordée à la Radio publique d’Arménie, publiée le 21 octobre sur le site du média, Zareh Sinanyan a expliqué que les autorités examinaient cette possibilité dans le cadre d’une réforme plus large des règles d’obtention de la citoyenneté.

« Nous réfléchissons à des solutions pour que les personnes souhaitant faire reconnaître leur origine arménienne ne soient plus obligées d’aller chercher un quelconque certificat de baptême auprès d’une Église », a-t-il déclaré. Selon lui, l’État pourrait créer une commission chargée de déterminer si une personne est d’origine arménienne.

Zareh Sinanyan a souligné que le système actuel posait de sérieux problèmes à certains demandeurs. Certains ont été baptisés il y a 60 ans dans des églises qui n’existent plus. D’autres n’ont jamais été baptisés parce qu’ils sont agnostiques ou athées. D’autres encore possèdent des actes de naissance rédigés en arabe, en français ou en anglais, dans lesquels l’orthographe de leur nom ne correspond pas à celle figurant sur leur passeport. Dans ces situations, les démarches peuvent se retrouver bloquées.

« Une personne arrive, il est évident qu’elle est arménienne, mais lorsqu’elle demande la citoyenneté, on lui répond : “Allez chercher, je ne sais où, un certificat de l’église dans laquelle vous avez été baptisé” », a-t-il illustré.

Jusqu’à présent, les personnes d’origine arménienne pouvaient obtenir la citoyenneté selon une procédure simplifiée. Elles n’étaient pas tenues de résider en Arménie, de parler arménien ou de connaître la Constitution. Elles pouvaient également déposer leur demande auprès des ambassades et consulats arméniens à l’étranger.

Mais ces règles pourraient bientôt changer. En septembre, le ministère de l’Intérieur a publié un projet de réforme qui imposerait aux personnes d’origine arménienne de disposer d’un titre de séjour légal en Arménie depuis deux ans et d’avoir passé au moins 366 jours sur le territoire avant de pouvoir demander la citoyenneté. Pour les personnes qui ne sont pas d’origine arménienne, la durée de résidence légale exigée serait de cinq ans. Le projet prévoit également la création d’une commission spéciale au sein du ministère de l’Intérieur, chargée de vérifier l’origine ethnique des demandeurs.

En septembre, la ministre de l’Intérieur, Arpine Sargsyan, avait expliqué à CivilNet que cette exigence de résidence visait à s’assurer que les candidats souhaitaient réellement lier leur avenir à l’Arménie, et non simplement obtenir un document de voyage.

Selon Zareh Sinanyan, le principal changement réside dans l’obligation de résidence de deux ans. Il a toutefois assuré que les personnes d’origine arménienne conserveraient un statut privilégié par rapport aux autres demandeurs.

Le haut-commissaire a également établi un lien entre le durcissement des règles et les élections législatives de juin 2026. Selon lui, de nombreuses personnes ne vivant pas en Arménie et n’étant pas prêtes à partager le destin du pays ont cherché à utiliser leur citoyenneté pour peser sur la vie politique.

Il a rappelé que, pendant des années, la citoyenneté arménienne avait été accordée à de nombreuses personnes n’ayant jamais résidé dans le pays. Le gouvernement souhaite désormais, selon ses termes, que la citoyenneté soit « ancrée dans des valeurs ».

Zareh Sinanyan a rejeté les accusations selon lesquelles ces changements viseraient à éloigner la diaspora de l’Arménie. Il a affirmé que le pays enregistrait depuis deux ans un solde migratoire positif parmi les personnes d’origine arménienne, ce qui témoignerait, selon lui, de l’attrait de la citoyenneté arménienne.

D’après les données du ministère de l’Intérieur, plus de 110 000 personnes ont obtenu la citoyenneté arménienne entre janvier 2021 et août 2026.

La patrie historique et l’État : deux notions distinctes

Zareh Sinanyan a inscrit cette réforme dans une réflexion plus large sur la distinction entre l’Arménie en tant que patrie historique et la République d’Arménie en tant qu’État.

« L’Arménie est la patrie de tous les Arméniens, mais la République d’Arménie appartient à ses citoyens », a-t-il déclaré.

Selon lui, l’Arménie peut représenter une idée romantique, profondément liée à l’histoire et à la mémoire collective. La République d’Arménie, en revanche, est une entité politique concrète, dans laquelle les liens affectifs et les souvenirs historiques ne peuvent avoir le même poids.

Zareh Sinanyan estime que seuls les citoyens arméniens devraient pouvoir peser sur la politique intérieure du pays, puisqu’ils sont ceux qui subissent directement les conséquences des décisions politiques. À ses yeux, un groupe qui n’assume aucune obligation ni responsabilité envers l’État ne peut disposer de droits lui permettant de déterminer l’avenir de ceux qui y vivent.

Le haut-commissaire a ainsi appelé les Arméniens de la diaspora qui souhaitent renforcer leurs liens avec la République d’Arménie à venir s’y installer.

Ils devraient, selon lui, devenir citoyens, payer leurs impôts, dépenser l’essentiel de leurs revenus en Arménie, lier l’avenir de leurs enfants au pays et être prêts à défendre ses frontières.

Zareh Sinanyan a reconnu que cette vision pouvait paraître difficile à accepter, compte tenu de l’histoire longue et douloureuse du peuple arménien. Il l’a néanmoins jugée nécessaire.

Selon lui, le Premier ministre Nikol Pachinian cherche précisément à rapprocher l’idée historique de l’Arménie de la réalité de l’État arménien.

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