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Faut-il se réjouir de l’accord de Washington ?

Faut-il se réjouir de l’accord de Washington ?

Ce 8 août, l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont signé à Washington une déclaration conjointe en faveur du renforcement de la paix entre les deux pays.

Avant tout, il convient de préciser que ce document n’est pas un traité de paix, mais un accord de principe entre les deux parties, entériné par Donald Trump, qui fixe des actions et mesures négociées depuis un certain temps entre Bakou et Erevan. Des obstacles subsistaient : l’Arménie refusait de permettre à l’Azerbaïdjan d’établir le fameux « corridor de Zanguezour », une route routière et ferroviaire traversant le sud de l’Arménie d’est en ouest pour relier l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan. Le gouvernement arménien s’y opposait, car Bakou exigeait que les camions, trains et bus azerbaïdjanais puissent circuler sans contrôle des autorités locales, créant ainsi une situation d'extraterritorialité.

La solution proposée par les États-Unis a été la création de la « Route Trump », exploitée par les Américains pendant 99 ans, mais placée sous juridiction arménienne. C’est peut-être là la seule victoire de Nikol Pachinian qui a négocié le couteau sous la gorge. 

Le grand gagnant reste toutefois Bakou.  Le régime azerbaidjanais a réussi à obtenir sans coup férir plusieurs concessions unilatérales sans la moindre contrepartie : les quatre villages du Tavush, la suspension de l'article 907 de la loi sur le soutien à la liberté, qui offre une nouvelle opportunité de coopération militaro-technique entre Bakou et Washington. Il est important de noter que sans cette réunion trilatérale et les accords conclus, ces avancées sur le programme bilatéral azerbaïdjanais-américain auraient difficilement été possibles. Autre concession de taille, l’abandon des actions en justice contre l’Azerbaïdjan devant les tribunaux internationaux, l’abandon du droit au retour des Artsakhiote, dont Erevan et Moscou portent une co-responsabilité à des degrés divers, la fin de la mission d’observateurs civils de l’UE, entraînant une réduction des garanties de transparence aux frontières. Enfin, l’acceptation du démantèlement du Groupe de Minsk... 

La cause de l’Artsakh jetée aux orties

Pas un mot n’a été prononcé à l’égard des prisonniers tandis que le corridor de transit stratégique du Syunik ne prévoit pas que les Arméniens puissent faire usage du Nakhitchevan pour y transporter leurs biens et marchandises. Comment peut -on parler de réciprocité dans ce cas ? 

L’accord ne mentionne ni les plus de 120 000 réfugiés arméniens du Haut-Karabakh, expulsés en 2023 dans ce qui s’apparente à un processus génocidaire, ni la centaine de prisonniers de guerre arméniens que l’Azerbaïdjan détient illégalement. Ceux-ci restent pour le moment des trophées pour le régime Aliev et sont volontairement oubliés par Pachinian au grand dam de l’opposition et des organisations militantes de la diaspora.

Ilham Aliev a volé la vedette lors de l’annonce et de la signature. Dans un anglais impeccable, il a improvisé, lancé des traits d’humour, loué Trump et annoncé (à la surprise de Pachinian) que l’Azerbaïdjan et l’Arménie proposeraient conjointement Donald J. Trump pour le prix Nobel de la paix. Outre ses gains personnels et en termes d’image, l’Azerbaïdjan a obtenu la levée des restrictions américaines sur le commerce des armes, en vigueur depuis 1992. Il a également obtenu un accès logistique au Nakhitchevan, même si ce n’est pas avec la liberté souhaitée.

De son côté Nikol Pachinian a péniblement lu un texte rédigé dans un anglais poussif, son langage corporel contrastait avec l’aisance de son homologue azerbaidjanais. Il s’est néanmoins contenté de citer un passage de la Bible, dans un clin d’œil adressé à ses amis évangéliques américains.

Dans le bras de fer entre Arméniens et Azéris, le véritable vainqueur reste toutefois Donald Trump. Le président américain s’est targué d’avoir réglé d’un revers de la main , un conflit sanglant qui dure depuis 35 ans. De plus, il a mis la main, les yeux et les oreilles sur des routes stratégiques dans le sud du Caucase, à quelques kilomètres de l’Iran, et a porté un coup à Vladimir Poutine en s’immisçant dans une région considérée comme l’arrière-cour de la Russie.

Mêlant mise en scène, grands discours et volonté d’inscrire cette journée dans les livres d’Histoire, Trump a obtenu une victoire géopolitique réelle. Reste à savoir si la paix sera consolidée, si Aliev évacuera les territoires souverains arméniens, libérera les otages qu’il détient et freinera sa rhétorique expansionniste. Option peu réaliste, si l’on tient compte du peu d’intérêt que manifeste Erevan manifeste sur ces questions. 

Pour l’heure, flotte dans l’air un parfum de « Camp David » : l’opération fait la une des médias, promet un prix Nobel à ses protagonistes et entraîne quelques changements géopolitiques positifs, mais elle ne résout pas définitivement le problème, ni n’apporte justice aux Arméniens tués ou expulsés de leurs terres. L’Iran est à genoux, la Russie humiliée se voit retournée la monnaie de sa pièce après s’être aliéné ses vassaux arménien et azerbaidjanais du Caucase. 

En 1921, les communistes arméniens, par faiblesse, par conviction idéologique, ou peut-être par les deux à la fois, ont accepté la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur le Karabagh et le Nakhitchevan. Le résultat est là : il ne reste plus un seul Arménien dans ces deux régions autrefois peuplées majoritairement d’Arméniens. Cette décision, consentie par les communistes arméniens, est devenue un dogme du droit international : celui de « l’intégrité territoriale », au nom duquel l’Azerbaïdjan a procédé au nettoyage ethnique, demeuré impuni.

En 2025, les autorités d’Arménie, par faiblesse, par conviction idéologique, ou sans doute les deux à la fois, s’apprêtent à entrer dans le jeu de l’Azerbaïdjan concernant l’usage de la route de Meghri. À la moindre difficulté dans la gestion de cette route, au moindre désaccord entre l’Arménie et son gestionnaire, l’Azerbaïdjan recevra ainsi un « droit » d’intervention, au nom même de cet usage. L'Arménie offre à l’Azerbaïdjan un levier juridique et politique au nom duquel il pourra, demain, imposer sa volonté. Bref, le loup est entré dans la bergerie. A la diaspora de prendre sans trembler le flambeau du combat des Artsakhiotes sans se mêler des affaires intérieures de la République d’Arménie.

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