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Le gouvernement arménien débloque 4,5 millions d’euros pour soutenir les exportations agricoles face aux restrictions russes

Le gouvernement arménien débloque 4,5 millions d’euros pour soutenir les exportations agricoles face aux restrictions russes

Par Ani Paitjan

Le gouvernement arménien accordera environ 2 milliards de drams (près de 4,5 millions d’euros) de compensations aux entreprises exportant des fruits, légumes frais et fleurs issus de la production sous serre. L’objectif est d’aider les producteurs à diversifier leurs débouchés à l’exportation alors que la Russie, principal marché des produits agricoles arméniens, a multiplié ces derniers mois les restrictions à l’importation de marchandises en provenance d’Arménie. Le projet a été approuvé lors de la réunion du gouvernement du 4 juin.

Les restrictions russes accentuent les tensions entre Erevan et Moscou 

Cette mesure intervient dans un contexte de dégradation des relations entre Erevan et Moscou. Depuis plusieurs mois, les autorités russes ont renforcé les contrôles sanitaires et phytosanitaires sur plusieurs catégories de produits arméniens. Des cargaisons de fruits, légumes, fleurs, poissons, boissons alcoolisées et eaux minérales ont été bloquées ou soumises à des inspections prolongées à la frontière russe. Ces restrictions touchent des secteurs fortement dépendants du marché russe et représentent un défi majeur pour l’économie arménienne.

Si Moscou justifie ces mesures par des motifs phytosanitaires, de nombreux observateurs y voient également un moyen de pression politique dans un contexte où le gouvernement arménien poursuit son rapprochement avec l’Union européenne et les États-Unis. Les restrictions sont intervenues à quelques jours des élections législatives du 7 juin, alimentant les soupçons d’ingérence économique. Le ministre de l’Économie, Gevorg Papoyan, a lui-même laissé entendre ce lien en déclarant : “Après les élections, nous réglerons ces questions très rapidement”.

Les inquiétudes concernant ces restrictions dépassent désormais le cadre arménien. Le 2 juin, la commissaire européenne à l'Élargissement, Marta Kos, a dénoncé une “coercition économique croissante de la Russie” à l'égard de l'Arménie. À l'issue d'un entretien avec le ministre arménien des Affaires étrangères Ararat Mirzoyan, elle a réaffirmé la solidarité de l'Union européenne avec Erevan face aux pressions exercées par Moscou. 

La diversification des marchés devient une priorité stratégique 

Face à cette situation, le gouvernement mise désormais sur la diversification des exportations. Selon Gevorg Papoyan, les produits agricoles arméniens disposent déjà des certifications nécessaires pour accéder au marché européen: “C’est tout à fait réaliste, car nos fruits et légumes destinés à l’exportation possèdent la certification GlobalG.A.P., l’une des normes internationales les plus élevées. Ce sont les mêmes produits qui sont vendus dans les supermarchés européens”.

Le ministre estime que le principal obstacle n’est pas la qualité des produits, mais le coût du transport. Pour cette raison, le gouvernement a décidé d’intervenir financièrement. “Nous subventionnerons nos exportateurs agricoles afin qu’ils puissent proposer des prix compétitifs sur le marché européen”, a expliqué Papoyan.

La diversification des exportations arméniennes pourrait également bénéficier d'un soutien accru de Bruxelles. Marta Kos a annoncé que l'Union européenne examinait actuellement “les moyens d'augmenter son soutien à l'Arménie à court terme” afin d'aider le pays à faire face aux conséquences économiques des restrictions russes.

La responsable européenne a également indiqué que l'UE souhaitait accélérer les projets visant à renforcer les liaisons commerciales et énergétiques entre l'Arménie, le Caucase du Sud et les marchés européens. Cette approche s'inscrit dans le rapprochement politique engagé ces dernières années entre Erevan et Bruxelles, marqué notamment par la tenue du premier sommet Arménie-Union européenne à Erevan en mai dernier. 

Un plan d'aide de 4,5 millions d'euros pour soutenir les exportateurs 

Le programme approuvé par le gouvernement prévoit le versement de compensations pour les produits exportés depuis l’Arménie au cours du mois de juin 2026. Les aides seront fixées selon les catégories de produits :

  • 770 drams (environ 1,73 euro) pour chaque kilogramme de fraises exporté ;

  • 275 drams (environ 0,62 euro) pour chaque kilogramme de tomates ;

  • 400 drams (environ 0,90 euro) pour chaque kilogramme de poivrons ;

  • 37 drams (environ 0,08 euro) pour chaque fleur exportée.

Selon la note justificative du projet, les exportations arméniennes de fruits, légumes frais et fleurs ont atteint 73 milliards de drams (près de 164 millions d’euros) en 2025. Plus de 93 % de ces exportations étaient destinées à la Fédération de Russie, illustrant la forte dépendance du secteur agricole arménien à ce marché.

Le gouvernement se dit toutefois prêt à investir massivement pour accompagner la réorientation des exportations. “Nous allons apporter un soutien financier considérable afin que nos entreprises ne subissent pas de pertes”, a assuré Gevorg Papoyan. Selon lui, les aides pourraient atteindre jusqu’à 5,5 millions de dollars pour les exportations de fleurs et 3,5 millions de dollars pour chacune des filières tomates et poivrons d’ici la fin de l’année.

Interrogé sur les marchés visés, le ministre a répondu sans hésiter: “Tous les pays européens, de la Grèce à l’Allemagne”.

De son côté, le Premier ministre Nikol Pachinian a récemment annoncé que les premières cargaisons de produits touchés par les restrictions russes avaient déjà été redirigées vers de nouveaux marchés. “Une première livraison de roses et de légumes a été expédiée. Aucun produit ne restera invendu. Il s’agit de marchés de l’Union européenne ainsi que d’autres marchés”, a-t-il déclaré.

Pachinian a également qualifié les restrictions russes de mesures “injustifiées” et “politisées”, estimant qu’elles risquaient de détériorer l’image de l’Union économique eurasiatique auprès de la population arménienne.

D’après les estimations du ministère de l’Économie, les volumes concernés par ce programme devraient atteindre environ 4 250 tonnes de fruits et légumes ainsi que 10 millions de fleurs au cours du mois de juin.

Pour bénéficier de cette aide, les entreprises devront déposer une demande auprès du ministère de l’Économie, par voie électronique ou sur support papier. Le dossier devra notamment comprendre les déclarations de transit ou les déclarations douanières relatives aux marchandises exportées, ainsi que les factures correspondantes.

Au-delà de son impact immédiat sur les producteurs, cette mesure traduit la volonté affichée des autorités arméniennes d'accélérer la diversification des exportations du pays. Une orientation devenue particulièrement urgente alors que les tensions politiques avec Moscou se répercutent de plus en plus sur les échanges commerciaux. Les restrictions imposées ces dernières semaines aux fleurs, aux fruits, aux légumes, à l'eau minérale, aux boissons alcoolisées ou encore aux produits de la pêche ont renforcé à Erevan la conviction que la dépendance à un seul marché constitue désormais un risque stratégique.

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