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Les acteurs cachés du marché des sondages électoraux en Arménie

Les acteurs cachés du marché des sondages électoraux en Arménie

À l’approche des élections législatives arméniennes du 7 juin, plusieurs organisations de sondage peu connues ont émergé et publié des données que leurs détracteurs considèrent comme destinées à influencer l’opinion publique. CivilNet a enquêté sur ces groupes, leurs liens présumés avec la Russie et les initiatives internationales visant à contrer des pratiques similaires.

Le centre FOCUS et les récits pro-russes

L’une des organisations les plus visibles est la Free Alliance of Euro-Asian Sociologists, connue sous le nom de FOCUS. Ce groupe ne dispose ni de site internet officiel, ni d’adresse, ni de numéro de téléphone, et mène ses activités principalement via une chaîne Telegram.

FOCUS publie des sondages qui sont ensuite largement relayés par des médias pro-russes en Arménie, notamment Voice of Armenia et Arminfo, ainsi que par un réseau de chaînes Telegram.

Ses enquêtes mettent systématiquement en avant trois thèmes:

  • Le soutien au maintien de l’alignement de l’Arménie avec la Russie, notamment à travers des affirmations selon lesquelles 74% des Arméniens préféreraient l’Union économique eurasiatique à un rapprochement avec l’Union européenne.

  • Des taux de popularité élevés pour certaines personnalités pro-russes et figures de l’opposition, notamment l’homme d’affaires russo-arménien Samvel Karapetyan et l’archevêque Bagrat Galstanyan, qui a dirigé les manifestations antigouvernementales de 2024.

  • Une forte baisse du soutien au gouvernement actuel et des critiques de l’intégration européenne, souvent formulées dans un langage informel ou péjoratif. Dans un exemple, les partisans d’un rapprochement avec l’Occident étaient qualifiés «d’amateurs de culottes en dentelle».

L’organisation affirme fonctionner sur une base bénévole. Toutefois, des experts soulignent que la réalisation de sondages auprès de 1 200 à 1 600 personnes sur de courtes périodes nécessite des ressources financières importantes ainsi qu’une infrastructure de centre d’appels, ce qui soulève des questions quant au financement de ces études.

Les sondages commerciaux et les enquêtes commandées

Une autre tendance observée est l’apparition de centres de recherche locaux réalisant des sondages privés pour des clients politiques.

Parmi eux figure Empirica, un institut de sondage appartenant à un professeur de sociologie de l’Université d’État d’Erevan. L’entreprise ne publie pas ses résultats, les transmettant directement à ses clients.

Dans une enquête commandée par le parti Arménie Forte, dirigé par Samvel Karapetyan, les personnes interrogées devaient choisir entre seulement deux candidats : le Premier ministre Nikol Pachinian et Karapetyan. Le sondage attribuait 41% des intentions de vote à Karapetyan contre 36,3 % à Pachinian.

À l’inverse, MPG, représentant officiel en Arménie de la Gallup International Association — qui n’est pas affiliée à l’américaine Gallup Inc. — présente un tableau différent. Son dernier sondage public plaçait le parti au pouvoir, Contrat civil, en tête avec 24,3%, suivi du parti de Karapetyan avec 13,4%.

À l’approche du scrutin, les réseaux sociaux arméniens ont également vu se multiplier des comptes éphémères proposant de petites rémunérations en échange de la participation à des sondages en ligne, une pratique qui compromet la fiabilité des résultats.

L’expérience moldave face à la manipulation des sondages

Les inquiétudes concernant l’utilisation des sondages d’opinion pour influencer l’opinion publique ne sont pas propres à l’Arménie.

Selon Andrei Curararu, cofondateur du groupe de réflexion WatchDog basé à Chișinău, la Moldavie a été confrontée à plusieurs reprises à des tactiques similaires. Il explique que certaines organisations de sondage affirment financer elles-mêmes leurs enquêtes tout en dissimulant des financements extérieurs, dont le montant peut atteindre entre 15 000 et 20 000 euros par sondage.

Afin d’améliorer la transparence, des experts moldaves ont proposé d’exiger que les organisations publiant des sondages liés aux élections soient enregistrées au moins un an avant le scrutin. Elles devraient également publier des informations financières détaillées démontrant l’absence de financements étrangers dissimulés, y compris en provenance de Russie.

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