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Gaz russe: l’Arménie anticipe une hausse des prix

Gaz russe: l’Arménie anticipe une hausse des prix

Par Zhanna Avagyan

La Banque centrale d’Arménie n’a pas encore modélisé un scénario dans lequel la Russie doublerait ou triplerait le prix du gaz naturel qu’elle fournit au pays. Toutefois, la récente réduction de la dépendance de l’Arménie à l’égard de l’essence et du diesel russes pourrait contribuer à amortir le choc économique en cas de forte hausse des prix du gaz, a déclaré mardi Armen Ktoyan, membre du conseil d’administration de la Banque centrale, dans un entretien accordé à CivilNet.

Selon Armen Ktoyan, les tensions politiques entre Erevan et Moscou figurent parmi les risques extérieurs pris en compte par la Banque centrale dans l’élaboration de sa politique monétaire. Il a indiqué que la Russie avait déjà adressé à l’Arménie une lettre officielle l’informant qu’elle pourrait revoir les conditions de leur contrat d’approvisionnement en gaz.

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Lors d’une rencontre avec le Premier ministre Nikol Pachinian en avril, le président russe Vladimir Poutine avait déclaré que l’Arménie bénéficiait d’un tarif préférentiel de 177 dollars pour 1 000 mètres cubes de gaz, contre environ 600 dollars facturés par le géant russe Gazprom aux pays européens pour la même quantité. Il avait ajouté qu’Erevan risquait de perdre cet avantage si elle poursuivait son rapprochement avec l’Union européenne.

Le géant énergétique russe Gazprom contrôle également le secteur gazier arménien par l’intermédiaire de sa filiale locale, propriétaire et exploitante de l’ensemble du réseau de distribution du pays. Ainsi, le tarif de 177 dollars correspond au prix auquel Gazprom vend le gaz à sa propre filiale monopolistique à la frontière arménienne. Ce montant n’inclut ni les taxes, ni les coûts d’exploitation, les salaires, les dépenses d’infrastructure ou encore la marge commerciale de Gazprom.

Le prix final payé par les ménages est donc nettement plus élevé, dépassant 390 dollars pour 1 000 mètres cubes, soit plus du double du tarif évoqué par Vladimir Poutine.

La Russie révise généralement ce prix une fois par an, en janvier.

Le gaz naturel constitue un pilier du système énergétique arménien. Il est principalement utilisé pour le chauffage des logements, la production d’eau chaude sanitaire grâce aux chaudières à gaz et l’alimentation des cuisinières. Plus de la moitié des foyers arméniens utilisent le gaz pour se chauffer en hiver, une proportion qui dépasse 70% dans les zones urbaines.

Le pays utilise également le gaz pour produire une partie de son électricité, ce qui signifie que même les ménages chauffés à l’électricité restent indirectement dépendants du gaz. Celui-ci est également indispensable au fonctionnement des serres agricoles.

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Armen Ktoyan a estimé qu’un doublement ou un triplement du prix du gaz aurait un impact considérable sur l’économie arménienne. Il a toutefois souligné que l’Arménie avait déjà réduit, au cours de l’année écoulée, sa dépendance aux importations russes d’essence et de diesel, une évolution qui pourrait partiellement compenser les effets d’un choc comparable sur le marché du gaz.

Une pression commerciale plus large

Depuis le mois de mai, la Russie impose progressivement d’importantes restrictions aux produits agricoles arméniens. Le 12 juin, Moscou a élargi ces mesures à la quasi-totalité des produits agricoles, ainsi qu’aux produits de la pêche et aux fleurs.

Selon Armen Ktoyan, les conséquences de ces restrictions demeurent pour l’instant limitées. Toutefois, dans le pire des scénarios — si les exportateurs arméniens ne parviennent pas à trouver de nouveaux débouchés pour les produits concernés — leur coût pourrait atteindre 1,8 à 2% du produit intérieur brut, une estimation identique à celle avancée le mois dernier par le gouverneur de la Banque centrale, Martin Galstyan.

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Le gouvernement arménien a déjà annoncé plusieurs mesures de soutien afin d’aider les exportateurs à transformer et réorienter les marchandises touchées par les restrictions russes. Toutefois, Armen Ktoyan a précisé qu’il était encore trop tôt pour évaluer l’efficacité de ces dispositifs.

Il a également averti que la situation deviendrait beaucoup plus préoccupante si la Russie étendait ses restrictions aux importations destinées à l’Arménie, notamment dans les secteurs de l’énergie et des transferts financiers.

La Russie demeure le principal partenaire commercial de l’Arménie. Le ministre des Finances, Vahe Hovhannisyan, a d’ailleurs affirmé la semaine dernière qu’Erevan n’envisageait pas de quitter l’Union économique eurasiatique (UEEA), malgré les tensions commerciales actuelles.

L’Union européenne propose un soutien commercial

L’Union européenne a entrepris de réduire une partie de cette pression économique.

Lors d’une visite à Erevan le 2 juillet, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé une proposition de mesures commerciales autonomes visant à supprimer les droits de douane sur près de 80% des exportations arméniennes vers l’Union européenne.

Selon elle, ces mesures concerneraient près de 99% des exportations arméniennes de fruits, légumes et plantes fraîches, ainsi que plus de 90% des exportations de boissons. Elle a qualifié les restrictions commerciales imposées par la Russie de «véritable coercition économique».

Ursula von der Leyen a également annoncé une aide supplémentaire de 18 millions d’euros, représentant le dernier volet d’un programme d’assistance de 52 millions d’euros destiné à favoriser la diversification du commerce extérieur arménien. Elle a ajouté que des experts européens se rendraient en Arménie à la mi-juillet afin de travailler directement avec les exportateurs.

Interrogée sur la manière dont l’Union européenne pourrait soutenir l’Arménie en cas d’interruption des livraisons de gaz russe, Ursula von der Leyen a estimé que le pays devait adopter une stratégie énergétique globale, multidimensionnelle et de long terme, sans fournir davantage de précisions.

Les effets positifs des mesures commerciales proposées ne seront toutefois pas immédiats. Elles devront encore être approuvées par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne avant d’entrer en vigueur.

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